Le cas du père Vassiliev

Le cas du père Vassiliev.

L'autocritique manifestement imposée au père Vasiliev ne lui a pas épargné une condamnation. Sa femme avait reçu de lui une carte disant : "Je suis relégué. Demande une entrevue." Après une longue attente Mme Vassilieva est conduite à l'intérieur de la prison au parloir. Là, elle s'entend dire :" Vassiliev ne part pas. Vous n'aurez pas d'entrevue." D'autres parents de prisonniers, qui attendaient comme elle et qui voyaient son désespoir, la consolèrent en lui disant : "On ne le fusillera pas. C'est plutôt bon signe."

La pauvre femme retourna tous les jours à la prison. Le samedi 17 septembre, elle put enfin voir son mari et vint aussitôt trouver Mgr Pie Neveu tout émue : "je viens de le voir".

- Racontez-nous cela "

Je suis venue à pied en courant presque comme une folle de la prison ici (de Boutyrki à Saint-Louis il y a bien deux km.) Permettez-moi de me remettre un instant. L'entrevue à la prison dura vingt minutes : pendant ce temps, malgré la surveillance pendant ce temps, le petit père fit savoir ce qui suit : "Je suis resté enfermé deux mois au Guépéou (La Lioubianka). Matériellement, on y est mieux qu'ici (à Boutyrki) mais il y a toujours la crainte des interrogatoires. Pendant ces deux mois, j'ai été interrogé quatorze fois. Toutes les conversations ont roulé uniquement sur l'évêque. On m'a promis la liberté, si je voulais dire quelque chose pour le compromettre. Je répondis que je n'avais rien à dire. Ce qui est sûr, c'est que le chantre - de notre église de Krylatskoïe est un mouchard du Guépéou.

 

   église de Krylatskoïe

 

Il rapportait mes sermons: préviens mon successeur d'avoir à se méfier de cet individu. Je ne sais pourquoi l'on ne m'a pas envoyé: je pense que c'est un bon signe. On me donnera peut-être cinq ans au lieu de dix. En ce moment, on échange des prisonniers soviétiques  contre des communistes étrangers : préviens de suite Monseigneur. Si je pouvais être envoyé hors de Russie.... Je te ferais venir avec les enfants. Dis à Monseigneur combien je le remercie de toutes ses bontés.

"Dis-lui aussi que la sœur dominicaine Hyacinthe, Mlles Sapojnikova et Norotchka Roubachova qui devaient partir en même temps que moi, ont été retenues comme moi, le père Serge a perdu la tête, que Victoria Bourvasser est morte saintement, criant au milieu de ses douleurs qu'elle remerciait Dieu de l'avoir fait chrétienne. (Je dois vous dire, cher Monseigneur, que les prisonniers arrivent à se donner mutuellement des renseignements en écrivant au crayon sur les portes des w.c. Les surveillants ont beau effacer : les détenus sont plus malins qu'eux.) Je travaille à présent à l'atelier de cordonnerie. Je ne dors pas mal, pas sur le plancher. Envoie-moi des bottes de feutre et un peu de tabac. Fais surtout bien prier pour moi" Voilà l'essentiel de la conversation.  

Catherine Malinovskaïa qui, en raison de son âge - elle est née en 1876 - fut condamnée à une peine légère, trois ans de déportation en Sibérie orientale, raconta à Neveu le déroulement de son interrogatoire. "Son juge d'instruction lui ayant demandé;

"Pour quel motif pensez-vous que nous vous avons arrêtée Mlle Malinovskaïa

répondit : "C'est parce que je me suis faite catholique."

Le garçon se mit dans une colère bleu :

"Comment? Vous voulez faire croire que nous persécutons la religion? C'est archifaux, c'est le "bezbojnik" (la revue des sans dieu) qui s'occupe de cela. Vous êtes accusée d'espionnage militaire... " Le comédien ... L'accusée ouvre de grands yeux.

"Vous connaissez l'évêque Neveu? où prend-il l'argent qu'il donne aux catholiques?

- Je n'en sais rien. J'ignore même  s'il donne de l'argent, bien que je suppose que Monseigneur est très charitable. -

Avouez " -

"Je ne sais rien".

- Je vais vous lire des extraits de déposition de Soloviev.

Le garçon tire un dossier et lit en bredouillant des bouts de phrase  où il serait dit que l'évêque a donné tant à celui-ci, et tant à celui-là.

"J'ignore complètement ces personnes, je gagne ma vie à donner des leçons et personnellement  je n'ai jamais reçu un kopek de Monseigneur : il ne m'a jamais proposé d'argent et je ne lui ai jamais demandé. Je lui dis mes péchés, il me donne des conseils et c'est tout."

Malinovskaîa est morte en exil de tuberculose, sans doute à Irkoutsk.

 

 

Article suivant : le procès des catholiques latins.  



21/08/2015
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