Le mystère pascal dans la liturgie byzantine. Ch.1 La liturgie byzantine

Le Mystère pascal dans la liturgie byzantine

Extrait de la revue Liturgie, de la communauté francophone cistercienne N° 126 Mars 2007
Frère Gael Millet de l'Abbaye de Tamié

Pour le croyant de rite oriental, la voie royale de la théologie est l'expérience liturgique.

S'il voit le prêtre sortir de derrière l'iconostase, cest "une apparition" du Christ sur la terre (nef)  qui retourne ensuite au ciel (sanctuaire). La liturgie est le lieu d'une communication incessante entre ciel et terre.  Dès lors, où situer le "mystère pascal" dont les théologiens de rite oriental disent qu'il occupe une place centrale? Dans le rite romain, ce n'est que depuis le tiers du XXe siècle qu'on a redécouvert et mis en valeur peu à peu cette expression, en la préférant au terme "Rédemption" à connotations plus morales.

I. La litugie byzantine;

synthèse de deux mystagogies qui donnent la mesure du mystère pascal.

 

L'origine des deux mystagogies qui structurent le rite byzantin.

 

Le rite byzantin comme l'héritage liturgique chrétien oriental le plus répandu

 R.Taft le rite byzantin p;13

nous donne des clés de lectures que les diverses branches des liturgies orientales peuvent reconnaître.

La "synthèse byzantine" qui s'est réalisée entre le IXe s. et le XIVe s. est une combinaison de trois éléments ; le contexte architectural et iconographique, les célébrations rituelles, et l'interprétation mystagogique. Taft décrit deux périodes historiques préparatoires de cette synthèse, deux visions de la liturgie. Tout d'abord, entre le VIe s. et le VIIIe siècle "le rite byzantin devient impérial". Nous sommes à Constantinople, où se développe un rituel impérial et ecclésiastique impressionnant, caractérisé par ses processions gigantesque à travers les rues de la ville, et surtout son entrée dans la cathédrale, qui attire la curiosité de la foule. Si bien que "les entrées, les processions, les avènements vinrent à caractériser toute la liturgie byzantines." et l'on voit apparaître la liturgie cathédrale. Plus que les fastes de la cour impériale, c'est la cathédrale Sainte-Sophie, dédicacée en 837, qui a joué un rôle exceptionnel, à cause de la "vision créée par son merveilleux intérieur". Aucune fresque pour attirer le regard, mais son agancement d'orifice permettant à la lumière naturelle d'illuminer l'édifice donne l'impression d'être au ciel tout en demeurant sur la terre. Jusqu'à Sainte-Sophie, ce n'était pas l'édifice église qui avait de l'importance, mais la communauté des croyants et son aura de martyrs et de théologiens (comme à Antioche ou à Alexandrie). Ici, l'architecture exerce une influence "formative" sur le rituel. L'édifice est regardé comme "le symbole des mystères qu'il abrite" le lieu de la présence de Dieu, et définit "la forme du rite byzantin et sa signification". La liturgie terrestre est une "concélébration" avec celle de l'Agneau et des Anges. Cette typologie "du ciel sur la terre" est systématisée par Maxime le Confesseur (vers 630) dans sa Mystagogie première étape de l'interprétation liturgique byzantine à la veille de l'iconoclasme. Une telle synthèse ne connaîtra pas de retour en arrière, mais une évolution.

La seconde période que repère R.Taft en son 4e chapitre va de 610 à 850, elle est celle des "temps obscurs" avec le combat contre l'iconoclasme (726-843) mené principalement par les moines (de Studios à Constantinople)  Il remarque qu'au moment où la liturgie impériale est pleinement intégrée et explicitée par la mystagogie cosmique de Maxime, le tissu de ce système liturgique ne résiste pas au renouvellement de l'intelligence quasiment authentique de la première avec Germain Ier, vers 730, qui élabore l'interprétation narrative plus proche de la lettre de l'Ecriture de l'histoire. Il met en valeur l'anamnèse, comme mémoire et actualité du salut, et par suite l'iconographie figurative, qui défend un pur réalisme de l'incarnation contre une spiritualité jugée trop symbolique, et iconoclaste (le concile de 754 fait de l'eucharistie le seul symbole du Christ !) Ce faisant, Germain ne rejette pas l'interprétation cosmique et symbolique de la liturgie, mais il enrichit le texte du nouvel historicisme. Ce réformateur n'a-t-il fait que remettre au goût une synthèse déjà réalisée à la fin du IVe s. à Antioche par Théodore de Mopsueste (mort en 428) ? Dans ses Homélies catéchétiques  Théodore décrit le rite eucharistique aussi bien au sens d'anamnèse du sacrifice historique du Christ, qu'au sens symbolique où la liturgie céleste et son grend prêtre Jésus-Christ. Nous trouvons plus de trois siècles par avance deux visions narrative et symbolique "avec Germain ces deux leitmotif deviennent partie intégrante de la liturgie byzantines"

Le dialogue des deux mystagogies : les dimenssions du mystère pascal.

L'infléchissement porté à la première vision liturgique par la deuxième apparaît dans l'iconographie, l'architecture et le rituel. L'iconographie avec ses représentations figuratives du Christ, de la Mère de Dieu, de Jean Baptiste, des Anges, des Apôtres et des Prophètes... pourraît apparaître comme la victoire de l'interprétation narrative ou économique, sur l'approche symbolique de la Liturgie. En fait, il s'agirait plutôt d'une "victoire de la dévotion populaire monastique". qui ne dissout pas les différentes interprétations. Il existe en effet une iconographie à thème cosmique, qui entraîne la communauté priante dans un mouvement vertical jusqu'au Seigneur dans les cieux, et une autre à théme économique qui s'étend à partir du sanctuaire vers les murs de l'église en bandes latérales, reliant la vie du Christ et de l'Eglise au présent. L'iconographie unit donc les deux thèmes et les met en dialogue avec le rituel : au sommet de l'arche du sanctuaire, le trône du jugement divin, devant lequel, en bas, intercède le prêtre dans la conque de l'abside, la Théotokos orante, présentant notre offrande au Pantokrator (fresque du dôme) elle porte le Christ en son sein, et l'introduit en nous.

 

Cette iconographie est réalisée pendant la période post-justinien ne ou byzantine moyenne et tardive, (avant le XIIIe siècle) à cause des modifications de l'architecture, dans les petites églises dans l'intérieur cruciforme (sans ailes) et le dôme permettent un système décoratif unitaire, visible d'une seul regard.   Le nouveau modèle est maintenant celui des monastères, plus nombreux que que les églises séculières. L'espace liturgique et les pratiques liturgiques de Sainte Sophie embrassant la cité se sont miniaturisées ; les processions et les entrées sont réduites à des parcours rituels dans une nef devenue minuscule, puis sont limitées à des apparitions (symbolisant le Christ) hors du sanctuaire à travers l'iconostazse. Ces réductions de l'architecture et des pratiques rituelles provoquent une amplification de la troisième liturgie, la mystagogie - en faveur de la persctive économique.puisqu'il y a perte de grands espaces symboliques. Les textes de la liturgie sont les témoins de cette amplification, ne cessant d'exalter en dialogue du mystère pascal, dont le rite byzantin hérite aujourd'hui. Souvenons-nous que nous sommes à la croisée de deux visions antinomiques de par leur origine et leur signification, et l'audace de leur réunion tente d'exprimer le paradoxe du mystère du Christ qui unit l'éternité et le temps, l'incréé et le créé, le divin et l'humain, la Résurrection et la Passion. Dans ce diazlogue se crée un rééquilibrage de la théologie.

 

Les deux mystagogies s'ordonnent l'une à l'autre; le dynamisme et le mystère pascal

Les deux visions symbolisme/ narration sont antithétiques, lorsqu'elles sont situées sur un même registre spatial. Constantin Andronikof, théologien orthodoxe dans son livre

 

Le sens de la liturgie, la relation entre Dieu et l'homme, Paris, Cerf col "Théologies" chapitre 3 "le sens schématique de la liturgie"

explore une autre dimension, celle du temps. Il reprend les mêmes catégories, mais en sens inverse (narration/symbolisme) et selon une nouvelle herméneutique (anamnèse/eschatologie) qui ordonne le moment présent et vers le passé et vers l'avenir.

La liturgie n'a pas qu'une fonction commémorative (rappeler des occasions historiques). Par un mouvement naturel, elle accompagne son rappel du passé d'un irrésistible appel de l'avenir (....) La liturgie est ainsi tout autant tendue vers l'aval que vers l'amont, vers la réalisation du Royaume que vers la contemplation des événements qui l'ont préparée. Sa mémoire se transforme en attente active eschatologique. La liturgie se projette vers l'achèvement (...) De l'évangile elle passe à l'apocalypse; "Maranatha ! Viens Seigneur ! " Elle atteste ainsi, par sa tension eschatologique, son identité permanente".  

Affirmer que la liturgie "ordonne" le moment présent de l'Eglise signifie qu'elle lui donne un sens. La tension vers le passé nous ajuste à la vision économique, ou historique, transmise par les récits bibliques; la tension vers l'avenir prépare la vision définitive symbolisée par les écrits prophétiques, apocalyptiques. Et ces deux tensions ne vont pas en sens contraire, mais en faisant retour au passé, nous sommes projetés vers l'avenir; les deux tensions, ou visions, s'ordonnent l'une à l'autre, se renforcent mutuellement, à partir de l'origine en direction de la fin pour laquelle nous sommes créés. Elles permettent d'expliciter l'"identité permanente" de l'Eglise qui nourrit le désir de rencontrer son Epous éternel, le Christ Jésus qui s'st fait homme à un moment de l'histoire : "La liturgie projette ce passé révélateur et sdalvifique vers l'avenir promis. De la sorte, elle anticipe ou inaugure celui-ci. Le temps est ici tout ordonné à l'éternité, l'actualisation de la mémoire à l'eschatologie comme la passion à la résurrection: la liturgie instaure une dynamyque du mystère pascal initiée par le Christ et donnée en partage à tous les croyants. Cette dynamique se déploie au cours du temps, selon divers rythmes cycliques permettant de "s'incorporer" le mystère.

 

Suite de l'article au Chaître II



28/01/2014
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