Le temps Liturgique

L'organisation

du temps liturgique

Extrait de "Le Sens de la Liturgie" par Constantin Andronikof Le Cerf 1988 pp;325
 

 

Depuis ses origines, on le sait, l'Eglise a privilégié des heures et des jours pour sa prière, comme le font la plupart des religions et, spécialement la judaïque. Elle aura mis trois ou quatre siècles pour aboutir à l'organisation du temps, devenue traditionnellement la nôtre. Il lui faudra encore quatre ou cinq siècles encore pour mettre au point sa structure complète. Sa liturgie suit trois cycles : celui du jour, celui de la semaine, celui de l'année. Le premier et le troisième sont fondés sur un rythme naturel du cosmos; le mouvement apparent du soleil (circadien ou sidéral). Le deuxième cycle suit le principe de la division en sept "jours" symboliques des phases de la création , couronnée par le sabbat. Une fois achevée, les trois cycle recommencent.

 Pourtant, décrire la vie liturgique de l'Eglise comme une suite d'années identiques, composées de semaines et de jours alignés, en donnerait une image aussi simpliste que fausse. En réalité, chacun de ces cycles, tout en étant intégralement répété lorsqu'il est achevé, est ouvert sur l'eschaton , à chaque fois invoqué et visé. En outre, chacun marque des événements particuliers de la vie de l'Eglise. Ce n'est pas en un jour, en une semaine ni en une année que l'on pourrait se remémorer concrètement une expérience de deux mille ans, ouverte de surcroît, sur l'infini. Ensuite, les offices et, surtout, ceux des fêtes, sont loin de former un simple calendrier annuel des fêtes du temple de Salomon (dont David avait organisé le principe de fonctionnement 1 Ch 23-26 comprenait celle de l'Expiation (le seul jour où le grand prêtre pénétrait dans le saint des saints, rite de la purification du peuple avec le bouc émissaire), celle du Nouvel An, celle de Pâque (sortie d'Egypte)   de la Pentecôte ( promulgation de la Loi sur le Sinaï, fête de la moisson, des fruits) Purim (délivrance de la domination  des Perses selon le livre d'Esther), les Tentes (Tabernacles, traversée du désert).

C'est évidemment d'une racine plus profonde, avec une finalité plus transcendantes et, ensemble, plus universelle, que croîtra l'arbre majestueux de la liturgie chrétienne (avec ses variantes occidentales et orientales) (...) Cette racine et cette finalité sont le mystère lui-même de la Très Sainte Trinité, du Verbe incarné et de l'Esprit Saint qui accomplissent la volonté du Père céleste, le Mystère qui fonde son Eglise.

De lui vont découler les sacrements et, donc le tout ou la plus grande partie des célébrations correspondantes; le baptême (Mt 3,13-17; Mc 1.6-11; Lc 3.21-22) l'effusion du Saint Esprit (l'épiclèse en général et notamment l'imposition des mains depuis la Pentecôte Ac 6.6:8.17-19;19.6) l'Eucharistie (fondée sur la Cène, la Résurrection et la Pentecôte,; avec la révélation sur le "pain de vie"  Jn 6 34-35 et les symboles précédents de la multiplication des pains et des poissons ; Mt 14.19; 15.36; Mc 6.41;; 8.6; Jn 6.11, Lc 24.30; Ac 2.42-46; 20.7; 1 Co 11.23-25, l'onction des malades Mc 6.12-13; Jc 5.4-5 ; les ordinations (celle des diacres est seule mentionnée dans les Actes, il est à supposer qu'elle était aussi conférée aux épiscopes et aux presbytres. ) Les consécrations à d'autres ministères, comme à ceux des prophètes et des aoôtres (1 Co 12.18; Ep 4.11) des évangélistes, docteurs (ou didascales), thaumaturges (Didachè 11.4-5) cessent après l'âge apostolique.

L'Eglise a lu les épîtres dès l'époque des apôtres (Col 4.16). L'usage des hymnes, psaumes et cantiques spirituels remonte à saint Paul (Eph 5.19: Col 3.16, Didachè c 60). Douze hymnes bibliques entreront dans la composition des canons. Huit sont tirés de l'Ancien Testament; celle de Moïse (Ex 15 1-9; Dt 32.1-43) d'Anne ( 1 R 2.1-20); celle dite d'Ezéchias (Is 26.9-20) de Jonas (Jon 2.3-10) ; d'Habacuc (3.2-19) d'Ezéchias (Is 38.10-20); de Manassé (cette prière n'est pas dans la bible hébraïque; elle serait due à un Juif hellénisant du Ier siècle avant J.C. mais elle est mentionnée en 2 Ch 33.18 et placée à la fin de 2 Par dans certains manuscrits de la bible grecque et dans la version slavonne); d'Azarias (des "trois adolescents", Dn 3.26-36:57-88) dans la Septante et la Vulgate).  Quatre hymne sont tirées du Nouveau Testament : celle de la Mère de Dieu (le Magnificat Lc 1.46-55)  La prière de Syméon (Lc 2.29-32) de Zacharie ( Lc 1.68-79) le cantique des Anges (Gloria in excelsis Deo Lc 2.14)

Des trois cycles liturgiques, celui du jour a la  structure la plus complexe, parce qu'il comprend en principe tous les offices, tandis que la semaine  ne les reproduit pas nécessairement tout et qu'elle n'y ajoute rien de spécifique, sinon le fait grandiose d'être sommée par le jour du Seigneur; mais la structure de la liturgie dominicale ne diffère pas de celle d'un autre jour. L'ensemble des jours et des semaines compose l'année liturgique, avec les particularités occasionnelles (les fêtes) qui ne modifient cependant pas non plus le plan quotidien, sinon le contenu. L'année  inclut la totalité des célébrations. Il n'y en a ni plus, ni moins, ni de différentes d'une année sur l'autre.

En somme, le jour constitue ce que l'on pourrait appeler "l'unité" ou plutôt "l'ensemble' liturgique de base, que la semaine reproduira sept fois plus ou moins intégralement, tout en donnant un sens théologique plus particulier à chaque jour. Les offices de cet ensemble journalier sont composés d'éléments fixes (prières, certains psaumes, leçons scripturaires) et d'éléments mobiles (propres au jour et au "mode" ou ton  de la semaine). Leur combinaison et leur proportion font la spécificité de chaque office, son plan restant inchangé (sauf certains jours de la période pascale) Toutefois, si la lecture biblique en tant que telle représente un élément fixe, les péricopes effectivement lues varient de jour en jour, suivant un plan annuel.

Le schéma complet de l'ensemble liturgique du jour comprend neuf offices; les quatre heures canoniales (prime, tierce, sexte, none) , vêpres, complies, l'office de minuit (mésonyktikon), matines, liturgie eucharistique (les jours "aliturgiques" celle-ci est remplacée par les typiques).

Dans la pratique, prime est célébréee immédiatement à la suite de Matines, tandis que l'Eucharistie est pour ainsi dire hors compte, comme "sacrement supérieur". Il reste donc en fait sept offices, nombre que l'on n'a pas manqué, assez tardivement, de "symboliser" par analogie avec les sept prières du psaume 118.134 et les "sept dons" du Saint Esprit, dont le nombre a fini par être considéré, sans de sérieuses raisons théologiques, comme étant traditionnel.

Le jour liturgique commence le soir.

Il y a à cela plusieurs raisons plus ou moins symboliques. Outre que la coutume antique était de compter les jours à partir du soir, la tombée du jour est l'une de "ces heures privilégiées" où les hommes de toutes les religions se recueillent. Après la chute d'Adam et Eve, Dieu les rencontre "à la brise de la fin d'après-midi"," à la fraîcheur de l'approche du soir" ( Gn 3.8). La création elle-même avait commencé à partir des ténèbres, d'après le récit de la Genèse.  La régénération du créé, avec la "naissance du Soleil du monde" a commencé la nuit, d'après le récit de l'Evangile. Son annonce par Gabriel à Marie eut lieu le soir, selon une tradition. Après la Résurrection, le Christ apparaît pour la première fois à ses disciples à l'heure vespérale. "Reste avec nous car le soir vient", disent à Jésus, qu'ils n'ont pas encore reconnu, Cléopas et son compagnon au village d'Emmaüs (Lc 24.29).  C'est "le soir de ce même jour, alors que par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, que Jésus vint et se tint au milieu d'eux" (Jn 20.19) Hors des ténèbres du monde, les fidèles entrent dans l'église pour y prier en la présence du Christ. Ainsi débute leur pèlerinage liturgique qui, au travers de la nuit, les conduira jusqu'au matin de la communion avec Dieu.

Les moines, adeptes de la prière continue, reùmpliront les intervalles entre le soir et le matin par des offices en chaîne. Après vêpres, complies "postvespérales" (apodeipnon, povetcherie) puis le mésonyktikon, l'orthros ou laudes (matines) les heures canoniales; enfin la liturgie eucharistique (ou à défaut les tupiques).

Dans la pratique courante, none a une place pour ainsi dire aberrante. Elle n'occupe la sienne propre que les jours où les quatre heures canoniales sont célébrées les unes après les autres (heures dites "royales")  ; la veille de la Nativité, de la Théophanie, les trois premiers jours de la Semaine Sainte (de la Passion) et le Vendredi saint. Prime étant accolée à matines, tierce et sexte sont lues avant la liturgie eucharistique dans la pratique slavonne. Il aurait donc semblé logique de commencer le cycle du jour suivant par none. Or cette heure se rapporte à la veille (elle est généralement omise) et l'on commence par vêpres.

Par son contenu, chacun de ces offices fait porter l'accent théologique sur deux ou trois thèmes particuliers. A none : la Passion et, en général, la Kénose du Christ. A Vêpres : la glorification du Créateur, l'invocation de la Providence; le rappel de la chute et du soir de notre vie. A Complies  : préparation au repos nocturne; affirmation de la foi: "Dieu est avec nous" et le Credo; pardon des péchés, descente du Sauveur aux Enfers, action de grâce pour le Royaume; intercession de la Mère de Dieu (demandée à tous les offices certes, mais avec une insistance spéciale à complies). A l'office de minuiit: prière à l'exemple de Jésus avant l'épreuve, le Second Avènement, la Résurrection, le Jugement dernier (à minuit, les dix vierges...): l'exemple des Anges. A Matines, Confiteor, célébration du saint ou de l'évènement du jour; glorification du Seigneur, de la lumière, office de la lumière: office de louange. A Prime: le monde a condamné Jésus; prière à la Mère de Dieu, au Christ Lumière. A Tierce le jugement de Pilate et le prétoire; la descente de l'Esprit sur les disciples, théotokion, prière à la Trinité. A sexte: la Passion rédemptrice; théotokion; prière à la Trinité. A Sexte : la Passion rédemptrice; théotokion; prière au Père. A la Liturgie: accomplissement du mystère de l'Eglise.

Les différents jours de la semaine ont aussi leur caractère particulier. Leur contenu représente une somme de la doctrine ecclésiale.

L'histoire que commémorent les offices hebdomadaires commence par le ciel et s'y achève, puisqu'elle aboutit au ciel futur, qui paraîtra à la fin des temps.
Métropolite Séraphim  L'Eglise orthodoxe Paris 1932
 

    

Bien entendu, à la manière liturgique, à peu près tous les thèmes sont traités synchroniquement. Un essai pour les systématiser donne  grosso modo ceci : le dimanche, à la fois le premier et le dernier jour, célèbre la résurrection et toute la vie du Seigneur. Le  lundi insiste sur les anges, - premiers créés, - serviteurs de Dieu au ciel, messagers et gardiens des hommes; le mardi , sur les prophètes et saint Jean-Baptiste, serviteur du Royaume sur la terre. Ces deux jours, d'introduction assez tardive dans la pratique liturgique, ont un contenu plutôt vétérotestamentaire. Les quatre suivants ont un contenu néotestamentaire. Le mercredi (attesté dès le 1er siècle), c'est l'économie du salut et la vie terrestre du Seigneur. Le jeudi (tardif), les apôtres et certains saints (d'abord vénérés localement, comme saint Nicolas, le "patron" du lieu...) Le vendredi (attesté dès le 1er siècle) la Passion et la Croix vivifiante. Le samedi (depuis le IVe siècle) l'achèvement des oeuvres divines, l'union avec Dieu; l'on commémore spécialement tous le saints et les défunts. La Mère de Dieu est vénérée tous les jours, mais davantage les samedi, dimanche, mercredi et vendredi.

L'année liturgique comprend l'ensemble des célébrations commémoratives et représentatives de l'Eglise, consacrées aux évènements de la vie du Christ et de celle de sa Mère, aux anges et aux saints, aux manifestations universelles ou locales de la grâce. Chaque jour est une "férie", certains sont  des fêtes. L'année, ainsi que nous l'avons noté, a pour centre Pâques, la "fête des fêtes", celle-ci étant "classées" suivant l'usage, en fêtes "grandes" et "moyennes". Viennent d'abord les "Douze Grandes Fêtes" du Seigneur et de la Mère de Dieu (Pâques étant "hors catégorie"). : 1. l'Entrée à Jérusalem 2. L'Ascension; 3. La Pentecôte, ces trois fêtes sont mobiles selon le comput pascal 4. La Théophanie (6 janvier) 5. La Rencontre (Hypapante, 2 février) 6. La Transfiguration (6 août) 7. L'Exaltation de la croix (14 septembre) 8 La Nativité (Noël; 25 décembre) 9. La Nativité de la Mère de Dieu (8 septembre) 10. La Présentation au temple (21 novembre) 11. L'Annonciation (25 mars); 12. La Dormition (Assomption 15 août).

Les "grandes fêtes comprennent ensuite : la Circoncision (1er janvier), la Protection de la Mère de Dieu (1er octobre); la naissance de Jean le Précurseur et Baptiste du Seigneur (24 juin); Saints Pierre et saint Paul (29 juin), la Décollation de saint Jean le Précurseur (29 août) La fête de la dédicace d'une église ou celle de son patron est considérée comme une grande fête.

Les "fêtes moyennes" comprennent des commémoraisons générales et locales: les Trois saints Docteurs (synaxe de Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome, 30 janvier); Saint Georges le Mégalomartyr et Victorieux (23 avril)  Saint Jean le Théologien Apôtre et Evangéliste (8 mai et 26 septembre) Saints Cyrille et Méthode (11 mai ) Saint Jean Chrysostome (13 novembre) saint Nicolas le Thaumaturge (6 décembre), plus localement le Saint Prince Vladimir de Russie (15 juillet) Sainte Nino de Géorgie (14 janvier) Saint Sabbas de Serbie (12 janvier).

Ajoutons-y des fêtes "nationales" ou locales, commémorant quelque évènement miraculeux ou célébrant une icône particuliè§rement vénérée. Huit jours sont spécialement consacrés à la mémoire des défunts, dont le mardi de la deuxième semaine après Pâques (Radonitsa) le samedi des Ancêtres (Oecuménique); veille de la Pentecôte... Si ce ne sont pas des fêtes stricto sensu, leur solennité est particulière.

Notons pour conclure ce schéma des offices, que ceux-ci d'origine monastique (sauf la liturgie eucharistique et probablement matines), furent d'abord célébrés séparément. Puis ils furent groupés en trois temps: le soir, (none, vêpres, complies): le début du matin  (mésonyktikon,matines, primes...) la fin de la matinée avant midi (tierce, sexte, liturgie eucharistique). Enfin, none, complies et mésonyktikon furent réservés à des occasions spéciales (fête, carême) dans les paroisses. telle est aujourd'hui la seule différence essentielle entre l'office monastique et le paroissiale. 

 

 

 

  

   

 

 



21/08/2013
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