Léonide Féodoroff; La petite Eglise témoin

Entre Rome et Moscou, o.c. pp 104 et sv

 

La petite Eglise-Témoin

 

Depuis la longue lettre qui porte la date du 5 mai 1922 et fut adressée au pape Pie XI, l'exarque explique clairement l'objectif qu'il poursuit:

 Notre but principal, consiste à faire croître l'idée elle-même de l'Union des Eglises (comme on dit habitullement ici) d'entrer en relation avec le clergé non uni à Rome, de donner à la société russe une conception objective de l'Eglise catholique et de sa sainte doctrine. Les âmes doivent avant tout être préparées à saisir l'idée même de la sainte Union; il faut en premier lieu dissiper les préjugés énormes que le peuple russe nourrit au sujet de la foi catholique. Après seulement pourront êtrer abordées les questions controversées ayant trait à la Sainte Union.
Quand il s'agit de propager la doctrine catholique en Russie, il ne faut jamais perdre de vue que le catholicisme pour un Russe n'est pas seulement une doctrine chrétienne différente de son Eglise orthodoxe; elle est en outre un produit étranger opposé à l'idéal national russe, un produit avant tout polonais, c'est-à-dire de cet adversaire détesté, qui, au cours de toute l'histoire de la Russie , ne causa à notre peuple que de graves dommages. Pour cette raison, tout comme un Anglais ne pourrait être missionnaire en Irlande, ainsi un Polonais ne peut-ils passer la frontière russe en qualité d'apôtrer de la Sainte Union". 

Au lecteur catholique, ces affirmations au sujet de la Pologne apparaîtront dures et injustes surtout sous la plume de l'Exarque. Les souffrances de la Pologne au cours des deux derniers siècles restent trop présentent à la mémoire; il n'a pas oublié les partages successifs  de ce pays sans défenses naturelles par ses trois puissants voisins, les répressions sanglantes exercées contre les Polonais qui cherchaient à recouvrer leur indépendance. Toutes ces petites colonies polonaises que l'on rencontrait de Pétrograd à Vladivostok n'étaient-elles pas autant de témoins des déportations violentes opérées dans les terrres polonaises au cours du siècle précédent?

Lexarque exprimait ici les jugements qu'il entendait porter autour de lui. Il faut se souvenir qu'il écrivait ces lignes quatorze mois seulement après que les armées venues de Moscou avaient été défaites devant Varsovie par l'armée de la Pologne redevenue indépendante. La Pologne avait, par sa victoire, annexé une partie de la Russie Blanche à population très mêlée. Les âmes russes en restaient aigries. Par le fait même le clergé catholique latin, en grosse majorité polonais, se sentait en, quelque sorte vengé de l'état d'oppression qu'il avait connu antérieurement.  Certains de ses membres ne pouvaient se dépouiller d'un complexe de triomphjateurs qui les empêchait de se pencher sur le problème religieux de la Russie avec l'humilité et la charité nécessaire.

Au nom de tous les Russes catholiques et au nom de ces orthodoxes qui deviennent de plus en plus favorables à une union avec l'Eglise romaine, poursuit le P.Léonide, j'implore votre Sainteté de vouloir bien porter son auguste attention sur cet obstacle majeur et d'user de touite son autorité et liberté apostoliques pour mettre fin une bonne fois aux efforts des Polonais en vue d'intervenir dans nos affaires.
La méthode que nous employons pour pratiquer cet apostolat, ne consiste pas précisément dans le prosélytisme actif (bien qu'elle ne l'exclût pas)  ni dans une propagande tapageuse. Nous tâchons de propager nos idées sans faire aucun bruit. Pour le grand public, nous avons édité, depuis quelques années, la petite revue "Slovo Istini" (Le mot de la Vérité) mais en 1918 elle fut interdite comme tous les autres journaux et revues qui ne s'inclinent pas devant l'infaillibilité du communisme. Nos prédications et nos conférences, soit à l'église, soit au dehors, présentent toujours un caractère irénique et n'offensent point le sentilment religieux des orthodoxes. Le canon 52 de notre Concile diocésain tenu à Pétrograd en 1917 stipule " Nous imposons comme un devoir de prêcher des sermons à thème dogmatique moral ou liturgique. Dans ces prédications, il convient en tout premier lieu d'exposer la partie positive de la doctrine catholique et de n'entrer que rarement dans la controverse".

Le clergé polonais aime à concentrer ses regards sur les insuffisances russe, sur les défaillances de son clergé et de ses membres. Le P.Léonide préfère considérer avant tout dans l'Eglise russe les valeurs positives qu'elle possède et qu'elle nourrit. Il écrit au pape Pie XI;

Comme tout peuple vaincu et jeté dans la misère, le peuple russe devient de plus en plus jaloux de sa dignité nationale. Il est vrai que l'athéisme a fait de grands progrès en Russie. Il est vrai que le clergé non uni à Rome souffre fortement de la désorganisation, mais en même temps nous voyons qu'un très grand nombre des Russes qui jadis ne s'occupaient que très peu ou même pas du tout de leur Eglise en sont devenus aujourd'hui des fils tendrement affectueux. La loi éternelle de l'histoire se vérifie cette fois encore; plus la nuit a été noire et plus apparaît la splendeur du soleil. Les vagues du mysticisme montent d'autant plus haut que les tourbillons troubles du matérialisme s'engouffraient plus bas. Plus de deux mille prêtres orthodoxes (leur nombre croît sans cesse) et vingt évêques ont été fusillés ou massacrés par les bolchéviques. Plus de la moitié d'entre eux sont de vrais martyrs; ils sont tombés victimes de la haine contre la religion masquée sous l'accusation qu'ils étaient des conspirateurs contre le gouvernement. Le peuple russe se sent aujourd'hui beaucoup plus chrétien que tu temps du tsarisme. L'indifférence qui était alors le plus grand mal disparaît. Alors que jadis un Russe souvent ignorait tout de son curé et de sa paroisse, aujourd'hui il s'intéresse vivement à l'un et à l'autre. Actuellement, les prêtres deviennent plus que jadis les héros de l'déal national véritable, toujours unis cependant à l'orthodoxie présentement brimée par les Juifs et les Communistes. Le patriarche - comme ce fut le cas à Byzance - replace d'une certaine manière la dignité de souverain. L'auréole du Confesseur de la foi (il est toujours sous surveillance de la police) entoure déjà ses traits vénérables dans l'imagination populaire. 
Ces prêtres orthodoxes qui jadis semblaient frappés de mutisme prêchent assez bien aujourd'hui et enseignent la doctrine chrétienne. A l'ombre de certaines églises, se sont formés des cercles fréquentés également par les dames où s'enseignent d'une manière simple les disciplines sacrées; la Sainte Ecriture, l'Histoire de l'Eglise, la patrologie, la théologie dogmatique et morale, l'apologétique, la liturgie. Faut-il le dire, pareille activité ne se voit pas dans les villages et les plus petites villes, mais néanmoins la flamme d'un saint enthousiasme, une fois allumée, se répand partout. Si en 1918, 1919, le peuple resta spectateur indifférent devant les profanations des saintes reliques perprétées par les bolcheviques, aujourd'hui il s'oppose et proteste - parfois jusqu'à l'effusion du sang - au dépouillement des églises.     

Faisant allusion à certaines informations  publiées à l'étranger et reproduites par la presse russe, l'exarque s'écrie;

Et c'est ce peuple totalement pénétré de l'idée chrétienne - fût-elle quelque peu boiteuse ou mutilée -  que nos chers Polonais voudraient "'convertir" comme s'il s'agissait d'une tribu africaine !" Quand l'année dernière - on ne sait pourquoi - commença à circuler la rumeur que le Saint Siège, au lieu du diocèse de Mohilov, voulait établir en Russie des vicariats apostoliques, la décision fut interprêtée comme une grande offense à la Nation. "Donc disait-on pour Rome nous sommes des païens; nous ne méritons que des vicaires apostoliques."

Les paroisses catholiques de rite latin disséminées en Russie d'Europe et d'Asie ne représentaient pas ce que deviendraient les communautés russes orthodoxes si elles entraient en communion avec le Saint-Siège de Rome; elles portaient trop manifestement un caractère étranger. C'est avant tout pour montrer le mieux possible - en quelque sorte "à échelle réduite" - ce que pourrait être l'Union que l'exarque tâche de développer ses centres catholiques de Pétrograd, Moscou et Saratov.

Croire à la vérité et à la divinité de l'Eglise catholique-romaine c'est croire que, dans une pensée d'amour pour son Eglise, le Christ Jésus a confié à Pierre  et aux évêques de Rome, ses successeurs, une mission pastorale et doctrinale suprême pour mieux assurer le maintien de son unité et de sa transcendance par-dessus les divisions des hommes. Or par égard pour la liberté humaine, Dieu a voulu qu'il y ait en tout acte de foi assez de lumière pour rendre la foi raisonnable, Mais qu'il y reste aussi assez d'ombre pour que la foi soit méritoire. La vue de ces ombres et de ces lumières varie forcément suivant les sujets qui les perçoivent et selon les circonstances où ils se trouvent. On peut bien penser, par exemple, que le jour où jadis, les Croisés mirent à sac Constantinople les habitants de la ville eurent de la primauté romaine une vision qui comportait beaucoup plus d'ombres que de lumières. En revanche, le désarroi qui régnait en Russie après la révolution bolchévique, la persécution dont ls chrétiens étaient l'objet projetaient indirectement auix yeux de beaucoup une lumière intense sur les avantages d'une union organique avec le reste du monde chrétien et en particulier avec l'évêque de Rome.  La pensée d'amour du Christ qui présida à l'établissement de la primauté du pape ressortait avec plus de clarté. Mieux que quiconque l'exarque  se rendait compte de ce que le moment était particulièrement favorable pour travailler au rétablissement de l'Unité chrétienne.

La soif de l'unité se manifestait de manières variées. Quelques mois seulement après la révolution, il se présenta un cas, unique en son genre où une communauté entière, càd une paroisse conduite par son pasteur, le moine Potapii, s'unit à l'Eglise catholique. L'aventure mérite d'être décrite avec quelques détails; elle permet de saisir à quelles difficultés pratiques se heurtait alors pareille entreprise.

Rapport envoyé le 26 juillet 1924 par le P.Potapii au Métropolite André.     

 Avant de recevoir la tonsure monastique, le P.Potapii avait porté le nom de Pierre Emelianoff. Il était né en 1889 dans le gouvernement d'Oufa dans une famille de la secte des Vieux-Croyants sans prêtres, appelés pour cette raison Bezpopovtzy. Lorsque l'enfant eut neuf ans, son père fut ramené à l'orthodoxie par l'évêque d'Oufa de cette époque, le célèbre Antoine Krapovitsky qui devait, dans la suite, prendre la tête d'un des groupes d'évêques russes dans l'émigration. Transféré en Volhynie, l'évêque Antoine emmena avec lui le jeune Pierre, lui conféra la tonsure monastique et l'envoya à Jitomir étudier la théologie. Il l'ordonna prêtre lorsqu'il atteignit l'âge de 22 ans. En 1916, Mgr Antoine fut nommé archevêque  de Kharkov. Il prit de nouveau avec lui le P.Potapii et en mars 1917, il lui confia la paroisse importante de Nijana Bogdanovka non loin de Lougansk. Bogdanovka est un village de "Grands Russiens" au parler moscovite, transplantés à cet endroit de l'Ukraine à la fin du XVIIIe siècle pour y constituer un avant-poste contre les incursions des Tartares de Crimée. Au cours de ses études, le jeune moine s'était passionné pour la lecture des Pères de l'Eglise. Comme jadis le P.Zertchaninoff il acquit par lui-même, sans l'aide d'aucun prêtre catholique, la conviction qu'on ne pouvait appartenir pleinement à l'Eglise du Christ sans être en communion avec l'Evêque de Rome. Orateur zélé et persuasif, après environ un an d'efforts, il parvint à communiquer sa conviction à l'ensemble de ses paroissiens.  Il se rendit à Lougansk et alla exposer son désir d'union avec l'Eglise romaine au P.Michel Yagouloff, un prêtre géorgien, curé de l'unique paroisse catholique de la ville.  Celui-ci l'accueillit avec cordialité et lui conseilla d'aller exposer sa reqête au doyen catholique régional établit à Kharkoff, le P.Antoine Kviatovsky. C'est là que le P.Potapii apprit la fondation récente de l'exarchat. Rentré à Bogdanovka, il annonça sa découverte et son intention de gagner aussitôt Pétrograd pour s'y placer sous l'obédience de l'exarque.

Le voyage était pleins de dangers. Kharkoff était encore aux mains des Allemands; Briansk, un peu plus au nord, était aux mains des soviets. Son voyage dura un mois entier. A Pétrograd, il découvrit l'exarque qui résidait encore dans l'immeuble attenant à l'église Sainte-Catherine; il lui présenta sa requête ainsi qu'une pétition signées des principaux chefs de famille de sa paroisse.

 L'exarque garda le P.Potapii auprès de lui penant quelques jours, l'interrogea en détail, lui fit de nombreuses recommandations et finalement acquiesca à sa demande. Le 29 juin 1918, il reçut sa profession de foi catholique dans l'église Sainte-Catherine et concélébra avec lui le sacrifice eucharistique. Il lui promit également qu'un des prêtres de Pétrograd, le P.Gleb Verkhovsky, irait prochainement visiter Bogdanocka en son nom.

Le P. Potapii reprit la route du sud. Au cours des quatre semaines qu'avait duré son absence, des prêtres des paroisses orthodoxes voisines avaient tenté de dresser en vain les paroissiens contre leur pasteur.  Les ennemis de l'Union accusèrent alors le P.Potapii d'être un agent communiste; ils firent appel aux troupes de l'armée ukrainienne commandée par le P.Skoropadsky qui, à cette époque, occupaient la région et réclamèrent une expédition punitive contre Bogdanovka. Quand ces troupes envahirent le village, une partie des paroissiens céda, terrifiée. La majorité resta néanmoins fidèle au P.Potapii. A son retour de Pétrograd, le Père fut accueilli avec enthousiasme par ceux qui lui étaient restés attachés.

Le P. Gleb Verkhovsky le suivit de quelques jours; il apportait au P.Potapii un antimension et une lettre de l'exarque.

Antimension ; pièce de soie dans laquelle sont cousues des reliques, béni par un évêque, sert de pierre d'autel. 

Tout faillit alors  se gâter. Ces paysans habitués aux lettres imprimées sur papier de luxe telles que les évêques en expédiaient au temps des tsars, furent déconcertés par la lettre de l'exarque écrite à la main sur du papier vulgaire. L'antimension portait le sceau du métropolite Cheptizky, au centre, un fer à cheval transpercé par une flèche; au sommet un large chapeau d'évêque latin avec des glands suspendus sur le côté. - Pourquoi ce chapeau étrange ? Pourquoi ce fer à cheval et cette flèche sur du papier d'église? Un problème plus grave les préoccupait également ; Si le P.Potapii tombait malade que ferions-nous ? Où irons-nous communuier? Les prêtres orthodoxes refuseraient de nous accueillir..."

Le P.Verkhovsky passa de longues heures à expliquer et rassurer. Le 14 août 1918, il quitta Bogdanovka pour gagner Kiev, Lvov puis Constantinople.

La paroisse connut alors des épreuves de tout genre résultant en partie de la guerre civile.

Deux missionnaires envoyés de Kharkoff et accompagnés de policiers vinrent tout d'abord provoquer le P.Potapii à une dispute publique. Au cours de la discussion, ils voulurent prouver leur thèse en citant les livres des Vieux-Croyants. Les Vieux-Croyants qui assistaient à la joute oratoire des prirent à partie et les deux missionnaires perdirent la face.

Entre-temps, les Allemands avaient de nouveau occupé la région. Le P.Potapii leur fut une seconde fois dénoncé comme communiste. Il fut arrêté avec quelques notables et battu.  Il en sortit si mal en point qu'il dut être transporté à l'hôpital de Lougansk. Le P. Yagouloff vint l'y voir, expliqua son cas aux Allemands et lui obtint un sauf-conduit pour rentrer à Bogdanovka.

Le 25 septembre arrriova au village l'évêque auxiliaire de Kharkov Néophyte avec un détachement de 50 soldats. Un bon nombre d'habitants s'enfuit; ceux qui restèrent écoutèrent l'évêque qui, avec larmes les conjura de revenir à la foi de leur ancêtres; ils restèrent néanmoins fidèle à leur pasteur.

A la fin d'octobre, Bogdanovka passa aux mains des armées blanches. Accusé une nouvelle fois d'être un crypto-communiste, le P.Potapii fut enfermé dans la prison de Starobielsk. Il y resta jusqu'au 27 décembre. Ce jour-là les armées rouges occupèrent la ville et ouvrirent des prisons... Le père connut alors dans sa paroisse sept mois de paix relative. Puis en août 1919, les armées blanches du général Denikine s'avancèrent de nouveau dans la région; le P.Potapii fut une seconde fois enfermé à Starobielsk et, le 19 novembre, transféré à la prison de Lougansk. Le 24 décembre 1919, les bolchéviques occupèrent la ville et mirent en liberté les prisonniers.

A Bogdanovka, surgit alors un conflit à propos de l'église.  Une partie des habitants se déclaraient orthodoxes; une autre partie catholiques.

 A qui appartiendra désormais l'édifice?  Le litige fut déféré au Commissaire Populaire de la justice établit par les bolcheviques. Celui-ci considérant que 1° 160 familles se déclaraient catholiques, 62 orthodoxes et 40 indifférents 2° les orthodoxes avaient un autre édifice du culte dans le village, tandis que les catholiques n'en avaient pas, attribua l'église aux catholiques.

Le village se trouva âprement divisé. Les familles évincées menacèrent de mettre le feu à l'édifice.

Pareille disposition des âmes était opposée à l'esprit chrétien écrit le P.Potapii, quelques semaines plus tard dans une lettre qu'il envoya au métropolite Cheptizky, et nous jugeâmes préférable de céder l'église.  Nous commençâmes alors à nous réunir dans une maison privée assez peu adaptée, il est vrai, mais ne convient-il pas de céder un bien matériel pour réaliser un profit spirituel ?  De plus, nous espérions bien construire une église par nos propres moyens"

En fait de terribles épreuves venant de l'extérieur vinrent comme un rouleau compresseur, écraser toutes les querelles locales, les impôts des communistes , la ruine des cultivateurs, la famine, la persécution de toutes les religions. Le pasteur à Bogdanovka fut de nouveu arrêté... Quand, au milieu de l'été 1918, à Pétrograd, le P.Féodoroff et le P.Potapii s'embrassèrent fraternellement avant de se séparer, ils n'avaient certainement pas prévu qu'ils se rencontreraient de nouveau huit ans plus tard, dans une île de la Mer Blanche, condamnés tous deux aux mêmes travaux forcés dans les glaces du Grand Nord.

 

A cause de la lenteur des transports, de leur prix très élevé et de la mutiplicité des démarches à effectuer pour obtenir le droit de se déplacer, l'exarque s'était fait une règle de ne voyager que pour se rendre à Moscou. Il n'y fit exception que pour faire deux voyages à Mohilov, au cours de 1922.

La région où est située cette ville, c'est-à-dire la Russie Blanche, devint catholique en 1596, lorsque fut signée à Brest-Litovsk l'Union avec Rome. Elle faisait alors partie du royaume polono-lituanien. Plus tard, ces régions repassèrent sous le régime politique russe. En 1839, l'Union fut dénoncée par des évêques choisis par le gouvernement russe et, qu'ils le veuillent ou non, ces fidèles furent détachés de Rome et replacé sous l'obédience du Saint-Synode de Saint-Pétersbourg. En 1905, lors de la publication de l'Edit de tolérance, plusieurs milliers repassèrent au catholicisme mais, comme le rite byzantin était alors proscrit en Russie, ils durent adopter le rite latin.

En 1922, le Doyen de Mohilov etait le Père Joseph Bielogoff, un prêtre blanc-russien, ancien professeur de théologie au séminaire catholique de Pétrograd. Il avait rencontré le P.Léonide à Moscou; conquis par ses projets, il lui avait promis tout son concours. En juin 1922, il envoya un télégramme et invita l'exarque à Mohiliov pour la fête de Saint Antoine de Padoue patron de la paroisse. La vénération d'une image religieuse du Saint conservée dans l'église y attirait d'habitude ce jour-là une foule considérable. Le P.Léonide se mit en route. Le billet de chemin de fer ne lui coûta pas moins de quinze millions de roubles ! A cette époque, un dollar valait en pratique deux millions de roubles.

Le P. Bielogoff mit tout en oeuvre pour que l'exarque soit reçu comme un personnage de marque. Il lui fit célébrer deux fois la divine liturgie dans son église et une troisième fois dans le bourg de Sophiisky à 25 verstes de Mohilov. Il le fit prêcher quatre fois. L'exarque fut le personnage central de toutes les cérémonies, une place d'honneur lui fut assignée dans le choeur de la célébration des offices de rite latin et, avant de monter en chaire, les divers prédicateurs vinrent lui demander sa bénédiction comme ils l'auraient fait auprès d'un évêque.

La surprise du peuple à la vue d'un prêtre orthodoxe entouré de tant d'égards dans une église catholique, écrivit l'exarque après ces fêtes, dépassa toue limite.   

Mais lorsqu'on leur eut expliqué ce qui se passait leur étonnement se transforma en une vive allégresse.

"L'union est revenue" répétait-on de bouche en bouche

Deux prêtres et un diacre orthodoxes étaient venus assister à la liturgie que l'exarque célébra le 13 juin.  Une place d'honneur leur avait été réservée. De même un prêtre et un diacre orthodoxes vinrent assister à la liturgie de Sophiisky. Orthodoxes et catholiques prirent part en commun aux prière et aux cérémonies célébrées à l'église et au cimetière.

L'intérêt pour l'union, écrit encore l'exarque, atteignit un tel degré qu'après ma liturgie du 18 juin, une députation d'intellectuels blancs-russiens vinrent me remercier des offices et des sermons et elle me pria de renouveler leur joie en revenant les voir. Ils me prièrent de ne pas oublier que tous désiraient le rétablissement de l'Union le plus tôt possible".

Après ce voyage, l'exarque demanda à Rome avec une insistance de plus en plus grande l'approbation et la diffusion d'une prière pour le retour à l'Unité des chrétiens qui puisse être récitée sans réticens aussi bien par les non-catholiques que par les catholiques. Trop souvent, les prières répandues dans le monde catholique ne sont pas acceptables par les orthodoxes parce qu'elles semblent supposer déjà admise par eux la primauté de l'évêque de Rome. L'union dans une même prière fervente ne serait-elle point un pas important vers l'union tout court? L'exarque voudrait que cette prière soit brève, claire, intelligible par tous. Il proposa la suivante :

Jetez un regard, compatissant Seigneur Jésus, notre Sauveur, sur les prières et les supplications de vos serviteurs pécheurs et indignes qui, en toute humilité, tombent à genoux devant vous, et unissez-nous tous dans l'Eglise une, sainte catholique et apostolique. Versez dans nos âmes votre lumière sans déclin. Dissipez les discordres de l'Eglise. Donnez la grâce de vous glorifier comme d'un seul coeur et d'une seule bouche afin que tous puissent reconnaître que nous sommes vos vrais disciples et vos enfants biens-aimés.      Mâître miséricordieux, remplissez sans retard votre promesse qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau et un seul pasteur dans votre Eglise et que nous soyons dignes de glorifier votre Saint Nom, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

L'exarque retourna à Mohilov au mois de novembre 1922; il y rencontra le même accueil enthousiaste. A cette occasion, il proposa eu P.Bielogoloff de passer au rite byzantin et de continuer son apostolat pour l'Union en Russie blanche. Le doyen de Mohiliov ne crut pas la proposition opportune.

Si je quitte mon poste pour travailler exclusivement à l'apostolat en faveur de l'Union, explique-t-il les Polonais enverront ici un prêtre qui entravera tous nos efforts et dressera contre nous la population."

Une autre solution eût été de permettre aux même prêtres et ce cas au P.Bielogoff, de célébrer indistinctement dans le rite latin ou le rite byzantin suivant le besoin des âmes.  Ce "multi-ritualisme" existait, semble-t-il avant la séparation des Eglises. Mgr Ropp l'ancien archevêque de Mohiliov, avait été le chaud défensuer d'un projet de ce genre mais l'exarque avait reusé de le soutenir à moins que les prêtres bi-ritualistes ne soeint totalement retirés de la juridiction des évêques polonais.

Il est inadmissible, écrit-il à ce sujet, que des Russes soeint gouvernés par des Polonais !

Il pense néanmoins que ce bi-ritualisme pourrait être envisagé si les prêtres en question étaient dirigés par des prêtres russes. La vraie solution, pense-t-il, serazit d'accorder cette faculté à quelques prêtres qui! auraient reçu la préparation psychologique et intellectuelle désirables en vue de pareille tâche.

Personnes, semble-t-il ne se rendait encore compte clairment à cette époque de l'oppression que toutes les religions allaient subir en Russie de la part des Soviets et de l'isolement dans lequel le pays allait être maintenu pendant des dizaines d'années.  Les lettres que l'exarque écrit alors, montrent qu'il envisage l'aide de prêtres venus de l'étranger dans son apostolat. Il voudrait avant tout une fondation monastiques des Pères Né,édictins ou de Camaldules dont le genre de vie est si proche de celui des moins orientaux, il souhaiterait avoir des dominicains, il voudrait aussi des jésuites pour organiser des écoles et des maisons de retraites mais après mûre réflexion, il estime que ceux-ci, au moins dans les débuts, devront suivre le rite latin. Le peuple a conservé trop de préjugés à leur égard pour croire à leur sincérité, s'ils adoptent le rite byzantin. Il faudra qu'ils donnent d'abord leurs preuves de dévouement sincère au peuple russe.

 

Quan les soviets intensifièrent leur propagande antireligieuse, l'exarque profita d'un passage par Moscou de son ancien professeur le P.Constantin Smirnoff devnue Métropolite de Kazan, pour lui rendre visite et lui proposer qu'orthooxes et catholiques entreprennent une action commune de défense. Le Métropolite l'accueillit avec une joie manifeste , l'appelant comme jadis du diminutif affectueux de Lionia, mais il ne montra quère d'intérêt pour le projet. Comme beaucoup de Russes à cette époque, il se dit persuadé que les Soviets ne garderaient pas longtemps le pouvoir

Suiter "Chez le Patriarche Tikhon" 


11/07/2014
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