Léonide Féodoroff: Le chemin parcouru 1 Les collaborateurs de l'exarque

o.c. pp : 171-177

 Les collaborateurs de l'exarque

Le Chemin parcouru

Informée du décès de l'exarque, la police soviétique vint saisir tous les écrits qu'il avait rédigés au cours des derniers mois. Du 7 au 10 mars, le corps du défunt resta exposé dans un coin de l'isba. Au dehors, l'hiver russe faisait encore sentir toutes ses rigueurs. Au cours d'une de ces journées, les enfants Kalinine laissèrent ouverte pendant quelques instants la porte de leur demeure. Une colombe passa aussitôt par l'ouverture, survola le corps du P.Léonide et sortit ensuite comme elle était entrée. Surprises, les personnes venues prier autour du défunt en furent émues. Impressionnés eux aussi, les Kalinine tinrent à signaler l'incident dans le rapport qu'ils rédigèrent sur le décès.

En mars 1935, Mgr Pie Neveu envoya une dame catholique de Moscou, Mme Alexandra V. Balachoff, porter quelques secours matériels à l'exarque. Quand elle arriva à Viatka, le père avait déjà quitté ce monde mais elle put ainsi recueillir sur ses derniers instants les détails qu'on vient de lire.

 Les collaborateurs de l'exarque

Tous les proches collaborateurs de l'exarque ont connu comme lui soit l'exil, soit les prisons et les camps de déportation. Après son arrestation en 1923, le P. Alexis Zertchaninoff, âgé de 75 ans, fut néanmoins déporté à Tobolsk. Il y fut mal accueilli par les catholiques d'origine polonaise établis dans la ville mais eut la joie d'y baptiser en secret des pêcheurs sibériens encore païens que des dominicaines de Mme Abrikosoff, déportées au nord de Tobolsk, sur les bords de l'Obi, avaient amenés au Christ.

Sur le rôle de Mère Abrikosoff et des dominicaines à cette époque, lire d'Antoine Wengler AA : "Catholiques en Russie, d'après les archives du KGB 1920-1960" DDB 1998

 Le père mourut à Gorki (l'ancienne Nijni-Novgorod) le 23 septembre 1933 dans la maison d'un de ses fils, alors qu'il était sur le chemin du retour vers Leningrad. Il avait 85 ans.

Condamnés à dix ans de travaux forcés, le père Jean Deibner s'éteignit en 1936 à Vesegonsk dans des circonstances obscures. Il semble qu'il ait été blessé à mort par un compagnon de captivité. Les deux autres prêtres qui assistèrent l'exarque en 1917, les pères Gleb Verkhovsky et Diodore Kolpinsky, quittèrent la Russie au cours des années de la grande famine et moururent en émigration. Le père Verkhovsky mourut à Chicago le 11 avril 1935 et le père Kolpinsky à Tian-Sin le 8 juillet 1932.

Le père Potapii Emilianoff succomba aux mauvais traitements au début de 1937, à Poidvoitzi, point d'arrêt sur la ligne sur la ligne de chemin de fer de Leningrad à Mourmansk. Il avait 48 ans. Le père Serge Solovioff mourut d'épuisement à Moscou. Le P. Epiphane Akouloff passa huit années en déportation. Il fut arrêté une seconde fois en 1937, après une période de liberté relative et ses traces se perdent ensuite dans l'inconnu.

Le P.Wenger o.c. p. 160 note qu'il a été fusillé à la prison de Leningrad.          

Mère Catherine de Sienne , ou dans le monde Mme Abrikosoff, fut, comme on l'a vu plus haut, arrêtée en 1923 avec la majorité de ses religieuses 

Le Père Wenger o.c. p. 86-92 note l'emprisonnement des tertiaires dominicaines. Il détaille aussi longuement la vie de l'évêque Pie Neveu.

Elle fut d'abord soumise à Moscou à quatre mois de réclusion solitaire et ensuite transférée dans une cellule de la même prison où se trouvait déjà un certain nombre de ses filles. Avec certaines d'entre elles, elle fut ensuite déportée à Tobolsk. Après six ans, elle fut ramenée en Europe, à Iaroslav. Souffrant d'une tumeur cancéreuse, elle fut, en juillet 1932, transférée à l'infirmerie de la prison Boutyrki de Moscou. Mgr Pie Neveu fit à ce moment de puissantes démarches auprès des autorités soviétiques pour pouvoir lui rendre visite, mais ce fut en vain. Le 12 août heureusement, elle fut remise en liberté. Un an plus tard, c'est-à-dire en août 1933, cette femme d'un courage indomptable fut de nouveau arrêtée pour activité religieuse parmi les jeunes et envoyée une nouvelle fois à la prison de Iaroslav. La tumeur cancéreuse atteignit alors son visage. Elle fut ramenée dans une prison de Moscou  et y succomba le 23 juin 1936.

Sous le titre de Sainte Catherine de Sienne à Moscou, Le P. Philippe Régis, SJ, a publié une courte biographie de Mère C. Abrikosoff dans la revue "Unitas" de septembre 1946 p 7 et ss. Quant à ses religieuses , on trouve à leur sujet les lignes suivantes dans des notes inédites rédigées par Mgr Sloskan ; "Il faut signaler l'admirable conduite du petit groupe de religieuses dominicaines appartenant à la paroisse russe de Moscou. Leur charité cherchait à pénétrer partout, à soulager les souffrances des malades, des enfants, des affamés, catholiques ou non. Partout leur conversation et leur tenue respiraient la pureté, l'amour du Christ et le dévouement de l'Eglise."

On se souviendra que le publiciste Dimitri Kouzmine-Karavaieff avait été expulsé de Moscou en 1922, en même temps que le P. Vladimir Abrikossoff. Après un bref séjour à Berlin puis à Paris, il gagna Rome et, à 35 ans, il se mit à l'étude de la théologie au séminaire grec. Il fut ordonné prêtre le 3 juillet 1927 et remplit ensuite diverses charges pastorales et pédagogiques à Berlin, Louvain (Leuven) et Namur et Paris. Il mourut à Rome le 16 mars 1959.

Libérée de Solovki en 1933, Mlle Danzas put quitter la Russie en 1934. Elle séjourna en France où elle publia en russe et en français des ouvrages sur la Russie très remarqués et elle s'éteignit à Rome le 13 avril 1942.

cf. "Julija Danzas di Giovanna Parravicini et Sergej Stratanovskij" Ed. La Casa di Matriona. collection "Testimoni" s.d. pp: 149 en italien
Mlle Danzas, elle aussi, dut sa libération à une intervention de Mme Catherine Pechkoff, mais son frère Jacques qui résidait alors à Berlin dut verser pour elle une rançon de 20.000 Fr français de l'époque. Mme Pechkoff (née Catherine P. Volsky) est morte à Moscou le 28 mars 1965 à l'âge de 87 ans. En fait, elle n'avait été la femme d'Alexis Pechkoff (connu sous son nom de plume de Maxime Gorki) que pendant très peu de temps, car l'écrivain lui avait été infidèle et avait divorcé. Il mourut en 1936. Elle se couvrit néanmoins de son nom et de son prestige dans les milieux soviétiques pour venir en aide à des milliers de malheureux.

   Le Père Vladimir Abrikossof à vécu à Auteuil jusqu'à l'âge de plus de quatre-vingt ans.          



21/04/2015
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