Père Alexandre Men' II

Père Alexandre Men' II

Traits fondamentaux de la vision chrétienne du monde

(Le "Credo du Père Alexandre Men)

(Le texte russe a paru dans " Simvol, N° 21, juillet 1989, pp. 85-90)

 

Le Christianisme n'est pas une "idéologie", une doctrine abstraite ou un système figé de rites. La Bonne Nouvelle est venue dans le monde comme une force dynamique, englobant tous les aspects de la vie, ouverte à tout ce que Dieu a créé dans la nature et dans l'homme. Le christianisme n'est pas simplement une religion qui a existé pendant vingt siècles, mais une voix ouverte vers l'avenir (S Jean 14.6; Actes 18.26)

 

I

- Le chrétien découvre en Jésus-Christ le centre de sa foi. C'est d'après Lui qu'il mesure et apprécie tout (Galates 2.20 ; Apocalypse 1.8)

 

- il accueille la révélation du mystère intime de Dieu, du mystère trinitaire, comme témoignage de l'amour de Dieu et comme appel à l'unité dans l'amour (Jean 3.16; 17.21; I Jean 4.8)

 

- il croit que la venue sur terre du Dieu-homme n'a pas été un acte divin unilatéral mais un appel adressé à l'homme l'invitant à répondre à l'amour divin (Apocalypse 3.20)

 

II

- Le chrétien considère la foi non point comme une conviction abstraite mais comme une confiance totale en Dieu manifestée dans le Christ (Romains 4.3)

 

- Il croit qu'un seul et même Dieu s'est révélé dans les deux testaments, mais qu'il s'est révélé graduellement selon le niveau atteint par sa conscience humaine ( Hébreux 1.1-2)

 

- Il ne réclame pas des signes tangibles (Marc 8.11-12) car il se rappelle que la création est une merveille (Psaume 128.2)

 

- Il se refuse à expliquer le mal dans l'homme par sa seule imperfection ou par les "reliquats de sa nature animale", mais il croit en la réalité du mal métaphysique (Jean 8.44)

 

- Il rejette les tentatives pour trouver dans l'Ecriture ou chez les Pères de l'Eglise des informations scientifiques qui conviennent à toutes les époques;

 

- Il considère l'étude scientifique de la Bible et de l'histoire de l'Eglise comme un moyen important pour mettre en lumière le sens de la révélation et les circonstances concrètes de l'Histoire sainte :

 

III

- Le chrétien reconnaît la présence et l'action du Christ dans l'Eglise, mais aussi dans la vie en général, voire dans ses manifestations les plus élémentaires ou les plus ordinaires. (Cf. les paraboles du Seigneur, spécialement Matthieu 6.28-29) 

 

-Il croit que l'Eglise vit et se développe par la force du Christ (Matthieu 16.18;28,20)

 

- Il croit que le Christ se manifeste dans les sacrements de l'Eglise, dans la consécration du monde qu'elle opère, dans son enseignement, dans ses oeuvres (I Corinthiens 11.26; Matthieu 18.19-20 : Romains 6.11 ; Matthieu 18-18 ; Luc 10.16) mais il sait que aucune des facettes de la vie de l'Eglise n'est de soi suffisante, car le Christ est venu comme Sauveur et comme Médecin et comme Maître.

 

- Il sait marquer les limites : il distingue entre la Tradition (l'esprit de la foi et de la doctrine) et "les traditions parmi lesquelles nombre de strates folkloriques et surajoutées affectent la vie religieuse (Marc 7.8; Colossiens 2.8)

 

- Il vénère les formes rituelles de la piété mais sans oublier un instant qu'elles passent en second par rapport à l'amour de Dieu et du prochain (Matthieu 23.23-24; Marc 12.28-31)

 

- Il croit à l'importance du principe hiérarchique et du principe canonique de l'Eglise, voyant en eux ce qui appartient à la structure de tout organisme réel qui a une mission pratique sur terre (1 Corinthiens 12.27-30)

 

- Il sait que les dispositions liturgiques et canoniques ont varié au cours des siècles et que, à l'avenir, elles ne peuvent  (et ne doivent) pas rester absolument immuables ( Jean 3.8; II Corinthiens 3,6,17). Cela concerne aussi l'interprétation théologique des vérités de foi, interprétation qui a eu une longue histoire, des phases d'épanouissement et d'approfondissement (les Père de l'Eglise et les Conciles ont mis en circulation de nouveaux concepts qui n'étaient pas dans l'Ecriture)

 

- Il ne craint pas de regarder de façon critique, le passé de l'Eglise, suivant en cela, l' exemple des docteurs de l'Ancien Testament et des Père de l'Eglise.

 

- Il considère les excès inhumains du passé (et du présent chrétien - condamnation des hérétiques, etc.- comme un manquement à l'esprit évangélique et une défection de fait par rapport à l'Eglise (Luc 9.41-55)

 

-  Il sait que les ennemis du Christ (le gouvernement inique, le grand-prêtre avide de pouvoir, le partisan fanatique du passé) ne sont pas seulement des personnages des temps évangéliques mais qu'ils surgissent à toutes les époques sous des visages divers (Matthieu 16.6)

 

- Il se garde de l'autoritarisme et du paternalisme qui ont leurs racines non dans l'esprit de foi mais ce qui est propre à la nature humaine déchue (Matthieu 20.25-27: 23.8-12)

 

- Il subit la division des chrétiens comme un péché commun à tous, et une désobéissance à la volonté du Christ (Jean 10.16); il croit que dans l'avenir ce péché sera vaincu mais non point par les voies de la domination, de l'orgueil, de l'égoïsme et de la haine mais dans un esprit d'amour fraternel sans lequel on ne peut mériter l'appellation de chrétiens (Matthieu 5.23-24).

 

- Il est ouvert à toutes les valeurs : celles qui se trouvent dans les confessions chrétiennes et celles des croyances non-chrétiennes (Jean 3.8: 4.23-24)

 

- Il considère la séparation de l'Eglise et de l'Etat comme la situation optima pour la foi et il voit un danger dans l'idée même d'une "religion d'Etat".

 

 - Il apprécie les traits nationaux des Eglises comme autant d'incarnations concrètes et individuelles de l'esprit humain et du mystère divino-humain. Cependant cette attitude ne doit pas nuire au caractère universel de l'Eglise

 

- Il regarde l'oeuvre culturelle pluriséculaire de l'Eglise non comme une faute, mais comme une réalisation des dons de Dieu.

 

IV

- Le chrétien sait que la dignité de la personne, le respect de la vie et de la création se fondent sur le fait que l'homme est créature de Dieu (Psaume 8)

 

- Il affirme que la liberté est une des lois les plus importantes de l'Esprit (considérant de ce fait le péché comme une forme d'esclavage: II Corinthiens 3.17; Jean 8.32; Romains 6.17)

 

- Il croit que l'homme peut acquérir l'Esprit Saint, mais pour distinguer cette acquisition d'une sorte d'exaltation maladive ("l'illusion spirituelle") il juge selon les fruits de l'Esprit (Galates 5-22-23)

 

- A la suite de l'apôtre Paul il considère le corps humain comme le temple de l'Esprit (I Corinthiens 6.19); cependant temple imparfait en raison de la déchéance de notre nature: il reconnaît l'obligation de prendre soin de ce corps (1 Timothée 5.23) à condition cependant de ne pas tomber dans le "culte de la chair".

 

- Il croit à la sainteté de l'amour humain, s'il est lié au sens des responsabilités; il croit en la sainteté de la famille et du mariage (Genèse 2.18 et 23-24: Matthieu 19.5)

 

- Conformément aux décisions conciliaires il regarde le mariage et l'état monastique comme "égaux en dignité", pour autant que l'état monastique n'est pas choisi par ambition / devenir évêque / ou pour d'autres motifs peccamineux.

 

- Il ne repousse pas le bien, même s'il est le fait de gens irréligieux, mais il rejette la violence, le diktat, la haine, même s'ils se dissimulent sous un nom chrétien ( Matthieu 7.21 et 28-31; Marc 9.40);

 

- Il considère tout ce qui est beau, tout ce que l'homme a créé, tout ce qui est bon, comme venant de Dieu, comme action cachée de la grâce du Christ.

 

- Il considère que le fait que tel ou tel domaine soit contaminé par le péché ne peut servir de prétexte à rejeter ce domaine. Au contraire, la lutte pour l'établissement du Royaume de Dieu doit se dérouler au cœur même de la vie .

 

- Il reconnaît à l'évangile un caractère "ascétique" non au sens d'une tendance à fuir le monde mais au sens d'esprit d'abnégation, de lutte contre "l'esclavage de la chair" et de reconnaissance de la supériorité des valeurs éternelles (Matthieu 16.24)

 

- Il voit la possibilité de réaliser dans tous les domaines la vocation chrétienne de l'homme: dans la prière, dans le travail, dans la création, dans le service effectif et dans la discipline morale.  

 

-   Il ne considère pas l'intelligence et la science comme des ennemis de la foi : éclairé par l'esprit de la foi, notre connaissance approfondit notre sens de la majesté du Créateur (Psaume 103; III Livre des Rois, 4, 33: Psaume 88, 6)

 

- Il est ouvert à tous les problèmes du monde; considérant que chacun de ces problèmes peut être examiné et compris à la lumière de la foi;

 

- Il affirme avec l'Apôtre que le témoignage de sa foi en ce monde  c'est avant tout le témoignage d'un service et d'un amour effectif (I Corinthiens 13)

 

- Il regarde la vie sociale comme un des domaines d'application des principes évangéliques.

 

- Il reconnaît que chaque homme a une obligation civique (Romains,13,1) pour autant que cette obligation ne contredit pas les exigences de la foi (Actes 4,19)

 

- Il ne déclare pas que tel ou tel système de gouvernement est spécifiquement chrétien. La valeur d'un système se mesure à ce qu'il apporte à l'homme - dans l'ordre de la raison et dans l'ordre humain.

 

V

- Le chrétien croit en l'histoire comme processus de développement qui à travers les épreuves, les calamités et la lutte s'achemine vers le Royaume de Dieu au-delà de l'histoire : le Royaume qui vient.

 

- Il se tient sur la réserve pour ce qui est d'une "histoire qui a échoué", c'est-à-dire par rapport à la conviction que la vérité de Dieu a essuyé sur cette terre une complète défaite (ce qui est contredit par l'Apocalypse 20.1-6)

 

- Il croit que, quelle que soit l'heure du Jugement dernier, l'homme est appelé à œuvrer au bénéfice des autres en édifiant le règne du Bien, la Cité de Dieu;

 

- Il croit que le Jugement est déjà commencé : dès lors que le Christ est sorti pour prêcher (Jean 3, 19; 12.31)

 

- Il considère l'état de l'âme après la mort comme un état temporaire et imparfait, qui dans l'avenir trouvera son accomplissement lors de la résurrection générale et la transfiguration ( Daniel 7.13: Jean, 5, 28, Romains 8.11 : Apocalypse 20.11-15)

 

- Il sait que le Royaume de Dieu qui vient peut aujourd'hui s'établir "au-dedans de nous" (Luc 9.

27: 17.21)

 

(le texte russe a paru dans Sinvol n) 21. juillet 1989, pp: 85-90)

  

 

 

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11/09/2016
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