Petrovski Monastir ou l'organisation monastique orthodoxe-catholique.


Petrovski Monastir ou l'organisation  monastique orthodoxe-catholique.  

Chapitre 5 de "catholiques en Russie"  d'Antoine Wenger

Une deuxième affaire concernant Mgr Barthélémy  fut celle du Petrovski Monastir (1)  

(1) Le monastère Petrovski est l'un des hauts lieux de la piété à Moscou, il est situé à l'Ouest du Kremlin, entre la Petrovskaïa et le boulevard Petrovski, dans la ceinture des jardins. La première église fut construite par Dimitri Donskoï , à son retour de la bataille de Koulikovo (1380). Pierre le Grand agrandit le monastère et y fit enterrer Ivan et Athanase Narychkine, qui avaient été massacrés pendant la révolte des Streltsi en 1690. Il est aujourd'hui rendu aux moines.    

Elle était motivée par l'existence , sous la direction de Mgr Barthélémy, d'un couvent de moine et de moniales orthodoxes, et sous la direction de Mgr Neveu d'un groupe russo-catholiques. L'affaire fut menée par la direction centrale sous la direction  de G.A. Moltchaninov (2)  du NKVD. Voici la relation du NKVD sur cette affaire.

A la direction du centrale du département des Affaires politiques, dit la conclusion de l'accusation, sont parvenues des informations selon lesquelles existe à Moscou une organisation contre-révolutionnaire russo-catholique de gens d'Eglise, fondée sur les directives de la commission russe auprès du Vatican par l'entremise  du représentant secret  ce dernier l'évêque catholique Eugène Neveu.
(2) Moltchaninov fut l'un des principaux adjoints de Iagoda. Le 16 décembre 1934, il fit arrêter Zinoviev. Au procès de Zinoviev, en janvier 1935 Il fit comprendre aux enquêteurs qu'ils pouvaient recourir aux moyens "illégaux" . Le  18 mars  1937, Ejov fit arrêter Iagoda et ses adjoints dont Moltchaninov . R.Conquest dans "La grande Terreur" estime que 20.000 membres du NKVD furent alors liquidés.
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Iagoda
 
Neveu a recruté en qualité de collaborateur l'archevêque orthodoxe Remov N.F., qui en 1933, est passé en secret à l'Eglise catholique et a été confirmé  par le Vatican dans la charge auxiliaire et a été confirmé par le Vatican dans la charge d'auxiliaire secret de Neveu.
L'organisation contre-révolutionnaire comprend deux groupes, l'un catholique, l'autre orthodoxe. Néanmoins, les deux groupes sont unis, sous l'égide du monastère secret Petrovski, créé à l'initiative de Remov (3)  
(3) En réalité, en 1935 le monastère dirigé par Mgr Barthélémy ne se trouvait pas dans ces lieux : le 29 avril 1929; Neveu nous apprend que le Mossoviet donne deux semaines à Mgr Barthélémy pour liquider le monastère Petrovski.  Le monastère fut effectivement fermé et l'évêque Barthélémy se réfugia à l'église Saint-Serge; à l'angle de la Bolchaïa Dimitrovka et du Kozitski Pereoulok. En octobre 1933, Barthélémy dut également quitter cette église pour s'établir avec ses moines, à l'église paroissiale de la Nativité de la Vierge Na Poutynkah, à la naissance de la grande Dimitrovka. L'accueil  de la gérante fut assez froid. Au procès, elle accusa Barthélémy d'avoir transformé la paroisse en couvent.
L'organisation contre-révolutionnaire s'est fixée pour tâche principale la formation de cadres actifs pour la lutte contre le pouvoir soviétique. Ces cadres sont constitués principalement par le recrutement des couches antisoviétiques de l'intelligentsia. Leur engagement est précédé d'une longues préparation et probation , afin "d'être prêts à aller au-devant de tous les sacrifices et tourments" dans la lutte contre le pouvoir soviétique.
En outre, sont parvenues à la Direction centrale des Affaires politiques des informations selon lesquelles cette organisation fournit à Neveu une information calomnieuse sur la situation en URSS. En échange, elle reçoit de l'évêque de la littérature contre-révolutionnaire de l'étranger, que les membres diffusent parmi ceux de leurs idées.
Sur la foi de ces renseignements, les membres actifs de l'organisation russo-catholique, au nombre de 22, ont été arrêtés et l'enquête a pleinement établi l'activité contre-révolutionnaire de l'organisation". 

Le groupe orthodoxe constituait un véritable monastère, dont les supérieurs étaient l'évêque Barthélémy, l'archimandrite Agathon Lebedev et l'higoumène Mitrophane Tikhonov. Le dossier établit le fonctionnement de ce qui n'était ni plus ni moins qu'un noviciat fervent, où les candidats étaient formés à la prière, à l'obéissance, à la discipline et à l'ascèse. Neveu écrit souvent dans ses lettres que dans la liturgie au monastère Petrovski on priait pour l'unité, et on nommait le pape , au point que Neveu redoutait même Une "communicatio in sacris" , une intercommunion avant le temps.

Sur l'activité des catholiques , l'enquêteur est beaucoup plus précis. Le docteur Titov, membre du groupe a déclaré ; "Je suis entré en relation avec le représentant secret du Vatican, l'évêque Neveu en 1931. J'ai informé Neveu de l'arrestation des prêtres Vassiliev, Piatikrestovski, Firsov, Velikamov, . En automne 1934, j'ai dit à Neveu au sujet des kolkhozes , que je les estimais pas redoutables. Velikanov   m'a dit qu'il désirait envoyer ses manuscrits antisoviétiques à l'étranger par l'intermédiaire de Neveu.

A propos de la reconnaissance de l'URSS par les USA en 1933, le rapport fait dire à Titov, au cours d'entretiens avec des hommes d'Eglise sur les questions internationales j'ai exprimé mon indignation car j'ai toujours admiré le courage de l'Amérique  et je pensais que dans la reconnaissance  du pouvoir soviétique, les Etats-Unis ne devaient non seulement pas prendre le chemin de la reconnaissance, mais devaient au contraire, faire en sorte que les autres gouvernements changent leur politique envers l'URSS."

Au cours d'une confrontation avec le témoin Kolesnikov. Titov reconnut avoir dit : "En Allemagne, a triomphé l'esprit national et le fascisme. Ce pays considère comme ses ennemis les juifs, le communisme, la franc-maçonnerie. J'ai dit en outre que je constate l'éveil du sentiment national également chez nous en Russie et que ce sentiment vaincra notre maladie, le bolchevisme. " Ces déclarations pro-fascistes s'expliquent par le fait que, selon l'accusation, le Dr Titov  faisait partie avant la révolution du parti cadet (KD, parti constitutionnel démocrate).

Mgr Barthélémy témoigna au sujet de l'évêque Rozanov : "L'évêque Rozanov était lié avec Neveu durant quelques années et lui a parlé de ses tendances personnelles qui le poussaient vers Rome: qu'il avait sur ce point des évêques du même sentiment. Neveu m'a dit que Rozanov a exprimé son sentiment de se sauver à l'étranger".

Sur l'évêque Pierre Roudnev, Mgr Barthélémy reconnaît : " L'évêque Roudnev allait chez Neveu grimé et lui a fourni des informations sur la situation de l'Eglise, dont Neveu m'a ensuite parlé". Neveu écrit effectivement que l'évêque Roudnev est devenu en 1933 chancelier du Synode. "Pourra-t-il encore venir avec la perruque dont il se grime?"

Popov figure sur la liste pour avoir été l'ami de Neveu et avoir assisté à des réunions clandestines chez Mgr Barthélémy. Cet éminent patrologue, spécialiste de saint Augustin, auquel Neveu avait prêté son manuel de patrologie de Bardenhewer, avait été l'inspirateur et le théologien du mémorandum des évêques tikhoniens déportés à Solovki, au sujet d'un premier projet de ralliement du métropolite Serge au pouvoir communiste, mais sans aliénation de la liberté de l'Eglise dans son domaine spirituel. "D'après les indications de Remov avaient lieu dans son appartement des réunions illégales  d'évêques orthodoxes, qui jugeaient la situation de l'Eglise dans un esprit antisoviétique. Popov I.V. assistait à ces réunions. Interrogé à ce sujet, l'accusé Popov confirma ces déclarations. Popov I.V. a reçu de Neveu une aide matérielle. A ce propos, Remov a organisé cette aide par l'intermédiaire de la Croix-Rouge internationale et Popov a reçu des colis. (6) 

(6) A Semipalatinsk réside un archiprêtre et professeur à l'académie ecclésiastique; Lebedev, dont j'ai l'adresse , et qui se trouve dans la nécessité: : je lui ai fait envoyer un colis de vivres, ainsi qu'au professeur protoireï Popov, l'auteur d'un grand ouvrage sur Saint Augustin, qui est déporté dans l'Oural (Lettre de Neveu du 16janvier 1933)

Sur le rôle d'Elena Rojina, Mgr Barthélémy est explicite "Rojina a été l'intermédiaire très dévouée entre Neveu et moi. Elle se rendait à l'ambassade de France et remplissait les diverses tâches que lui fixait Neveu, qui avait une grande confiance en elle. Il lui a parlé notamment de ses efforts pour faire échouer les entretiens Roosevelt-Litvinov. C'est à Rojina que Braun (prêtre américain) donnait les lettres que Neveu m'envoyait à l'étranger.  Avant le voyage de Rome de Neveu en 1934, Rojina lui a demandé de faire savoir au pape de Rome qu'il y a à Moscou une cellule organisée de catholiques et de l'informer sur les persécutions religieuses. A la demande de Neveu, Rojina s'est mise en rapport avec Werth V.O. et par elle avec les autres membres du groupe."

Je veux dire que Neveu ne s'est pas opposé aux entretiens Roosevelt-Litvinov, au terme desquels, en octobre 1933, les Etats-Unis ont reconnu l'URSS. Pareille démarche dépassait son rôle et sa personne. Au contraire, il vit aussitôt l'avantage qu'il pouvait tirer de cette reconnaissance. Il fit tous ses efforts par M.Alphand, alors ambassadeur de France en URSS et le Père Gervais Quénard, supérieur général des assomptionnistes, pour obtenir, à l'occasion de cette reconnaissance, l'envoi d'un deuxième assomptionnistes à Moscou, le Père Braun.

Parmi les griefs reprochés à Neveu, qui ne pouvait être arrêté, parce que depuis le 1er juillet 1932, il résidait à l'ambassade de France au Pomerantsev et jouissait de l'immunité territoriale, figurait en premier lieu le soutien matériel accordé au groupe, Tsitourina, dactylographe aux assurances d'Etat, membre actif du groupe catholique reconnaît : "De l'évêque Neveu depuis un an j'ai reçu des devises étrangères. La dernière fois, j'ai reçu de lui en février 1935 100 francs français". Le deuxième grief était la fourniture de littérature religieuse. Katchalova, née en 1885, fille de général, qui s'occupait de traduction de de langues étrangères, est accusée d'avoir traduit du français en russe la brochure d'Herbigny "Les sans-dieu"                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

        



26/11/2015
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