Eglises orientales, comment s'y retrouver?

Etienne Van Billoen dans "Pastoralia " de janvier 2015. Revue du diocèse de Malines-Bruxelles 

Eglises orientales, comment s'y retrouver?

Si les différences ecclésiales entre catholiques, protestants et anglicans, issues du XVIe siècle en Occident, nous sont quelques peu familières, il n'est par contre pas évident de nous retrouver dans le paysage très coloré des Eglises d'Orient. Comment ne pas y perdre notre latin?

Pour nous permettre d'y voir un peu plus clair, quatre facteurs qui s'influencent mutuellement sont à prendre en compte : le mode d'expansion du christianisme,  au 1er siècle, les différentes traditions liturgiques, les soubresauts doctrinaux et enfin les aléas de l'histoire .

 

L'expansion du christianisme.

Le psaume 85, dit à juste titre "en elle chacun est né" car c'est bien depuis Jérusalem que le christianisme à a prit son essor, les événements fondateurs de notre foi s'y étant déroulés. Cette expansion ne s'est cependant faite de façon linéaire mais par la naissance progressive de différents foyers en milieu urbain. Le premier d'entre eux est mentionné dans les Actes des Apôtres (AA,8) : suite à la première persécution, les chrétiens forment  un premier pôle, en dehors de Jérusalem à Antioche. D'autres suivront : Rome, Alexandrie, Constantinople, . Ainsi sont nés les cinq patriarcats historiques.

 

Les rites

Ces foyers développeront leurs propres traditions et rites qui sont à l'origine des différentes familles liturgiques:

le rite latin de Rome se développera d'abord en Europe occidentale et en Afrique du Nord plus tard en Amérique du Nord et du Sud, en Asie et plus tard en Afrique.  

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Jérusalem d'où tout est parti.

 

La famille antiochienne aura deux grandes branches , l'une chaldéenne, s'étendant vers l'Est, la Mésopotamie

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La cathédrale d'Erba

l'Inde (les Malabars; les Malankars) )  et même jusqu'en Chine (au VIIe s.), l'autre se développera en Syrie (les Syriaques)  et au Liban (les Maronites). Autour d'Alexandrie, naîtra la famille copte et Constantinople, essaimant d'abord vers l'Arménie, et plus tard (Xe s.) vers la Russie, l'Ukraine et l'Europe de l'Est. Pour des raisons historiques, le premier foyer d'expansion, Jérusalem, ne développera pas de famille rituelle.

 Ces évolutions se sont poursuivies au fil de l'histoire aboutissant aujourd'hui de cinq grand rites orientaux issus des traditions alexandrine (Coptes) antiochienne (Syriaque et Maronite) constantinopolitaine, (Byzantins); quant aux traditions arménienne et chaldéenne, elle se sont développées de façon autonome par rapport à leur foyer d'origine (Constantinople pour la tradition arménienne et Antioche pour la tradition chaldéenne) devenant ainsi un rite propre.


Rite antiochien

Les maronites (Liban) (uniquement catholiques)

Les Syriaques (Syrie)

Les Malankars (Inde)

Rite chaldéen

Les chaldéens (Iraq - Turquie)

Les Malabars (Inde)

Rite Alexandrin

Les Coptes d'Egypte

Les Coptes d'Ethiopie

Rite arménien

Les Arméniens 

Rite constantinopolitain

Branche grecque

Grecs orthodoxes (Grèce, Chypre)

Melkites

 

Branche slave

 

Eglise de Russie  (Eglise de synodale de Moscou) (Russes catholiques, Ukrainiens orthodoxes et catholiques)

Eglise de Roumanie (orthodoxes et catholiques)

Eglise de Bulgarie

 


 

Les soubresauts doctrinaux

Les évoquer dans ce survol par les sommets qui est le propos du présent article relève de l'impossible.

Les grands conciles christologiques du Ve siècle vont provoquer des schismes dont les origines sont parfois bien éloignées de la foi elle-même ! L'Eglise chaldéenne prend ainsi ses distances de la communion ecclésiale suite au concile d'Ephèse (431 - divinité du Christ) Et l'Eglise copte prend à son tour un chemin propre après le Concile de Chalcédoine (451 - les deux natures du Christ.)

 Plus connue chez nous est la séparation en 1054 entre l'Orient et l'Occident entre Constantinople et Rome, entre orthodoxes (grecs) et catholiques.

Malgré ces divisions, il y aura des velléités de réunification souvent partielle. Si ces fractures sont toujours présentes aujourd'hui, il faut néanmoins constater que ces Eglises ont toute une branche dite "catholique" qui reconnaît la communion avec Rome, et une autre dite "orthodoxe", chez les Maronites qui se sont toujours reconnus comme catholiques.

 

Les aléas de l'histoire.

Ils sont nombreux, qu'ils soient liés à des mouvements de population (guerres, invasions) ou tout simplement à des choix politiques.

 

Que serait devenu le patriarcat de Jérusalem, si celle-ci n'avait pas été détruite par les Romains en l'an 70, entraînant la disparition de la Palestine? Il aurait sans doute joué un bien plus grand rôle dans le développement du christianisme et aurait davantage fait autorité dans les débats doctrinaux; mais l'histoire en a décidé autrement.

 

La séparation de 1054 entre Rome et Constantinople se serait-elle faite si cette dernière n'avait pas été fondée en 330, comme seconde capitale de l'Empire et si de plus, Rome n'était pas tombée aux mains des Barbares en 476? On peut aussi s'interroger sur ce qu'aurait pu devenir les relations entre Moscou et Constantinople, si celle-ci n'avait pas été à son tour envahie en 1453. Et que dire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient s'ils n'avaient pas été envahis à la fin du VIIe s?

Sans les croisades, par exemple, il est peu probable que l'Eglise maronite réfugiée dans les montagnes du Liban aurait pu affirmer son lien avec Rome et devenir ainsi, comme on l'a dit, la seule Eglise orientale à ne pas avoir de branche orthodoxe. Certes, on ne refait pas l'Histoire, mais son poids, on le voit, pèse lourdement sur l'évolution des événements.

On ne peut pas non plus sous-estimer les motivations politiques qui sous-tendent les grands débats théologiques évoqués ci-dessus. Pour échapper à la suprématie de l'empereur de Constantinople, certains patriarches n'hésiteront pas à faire le choix de "l'hérésie": ce fut le cas à Antioche et à Alexandrie. Quand aux rapprochements, principalement à partir du XVIe s. entre certaines Eglises d'Orient et de Rome, il faut bien admettre qu'ils sont en partie le fruit des circonstances politiques.

Un point commun bien douloureux.

Ce survol rapide des Eglises d'orient fait apparaître leur diversité et la complexité de leur origines et de leur histoire. Elles ont cependant un douloureux point commun : toutes ont connu et connaissent encore la persécution qui peut aller jusqu'à l'extermination. Ce qui se passe aujourd'hui aux confins de la Syrie, de la Turquie et de l'Irak, est malheureusement la répétition de ce qui s'est déjà produit à plusieurs reprises. Il n'est pas étonnant que beaucoup de chrétiens d'Orient cherchent à fuir leurs villages pour émigrer soit vers l'Europe soit vers les Etats-Unis, tant leur avenir est sombre et incertain.    

 

 

   

 





02/03/2016
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