Les catholiques allemands de la Volga

               Les catholiques à Solovki § 5

Les catholiques allemands de la Volga. Les aventures du père Kappès.

Sur l'action du clergé allemand de la Volga, depuis l'instauration du régime bolchevique en 1917 jusqu'en 1930, nous disposons de l'autocritique du père Aloïs Kappès (les prêtres séculiers des Allemands de la Volga étaient appelés "Pater" ). Né en 1885 dans le village de Tonkochourovka, il fut ordonné prêtre en 1909 après ses études au séminaire de Saratov. Il fut arrêté le 12 juillet 1930 près de Kharkov, alors qu'il s'apprêtait à fuir à l'étranger avec de faux papiers pour se soustraire  à la vague d'arrestation des prêtres qui s'était abattue sur la région. Interrogé  par le juge d'instruction Mandelstam le 18 juillet 1930, il signa "une confession" sur son activité contre-révolutionnaire et celle du clergé de la République des Allemands de la Volga. Le texte, douze pages dactylographiées, les archives du NKVD de l'Ukraine, ne comporte pas de signature, mais l'original, vu par Mme Ossipova est signé. Cette autocritique établie par un homme détruit et brisé, comporte quatre partie.

1. L'agitation contre-révolutionnaire.

Dès les premiers instants en 1917, la révolution fut combattue par l'ensemble du clergé allemand, sous la conduite des pères Baumtrog, Paul Bellender. L'offensive fut menée par "le parti populaire catholique" dont l'organe  était La Voix allemande (Deutsche Stimme). Durant la guerre civile, , les catholiques en vinrent même à la lutte armée. Après la victoire de l'Armée rouge, beaucoup de catholiques furent fusillés, parmi eux les deux frères de Baumtrog.

2. Voyage en Allemagne et en Afrique du Sud.

Quand la famine s'abattit en 1922, sur la région de la Volga, le P.Kappès partit en novembre 1922 à Berlin, où il rencontra l'évêque de Tiraspol-Saratov, Mgr Kessler . A Buenos Aires (Argentine) il quêta auprès d'émigrés allemands de la Volga et recueillit 12.500 pesos, environs 10.000 roubles pour des personnes désignées par les donateurs.

3 Nouveau voyage en Allemagne et au Vatican.

Début juin 1924, le P.Kappès reçut un visa pour l'Allemagne ou l'association Aide ou Assistance  (Fürsorge)  organisait les secours destinés aux Allemands de la Volga. Elle appela de Roumanie l'abbé Glaser: Aux deux se joignit l'abbé Erismann Lappès, qui avait quitté Odessa avec les Blancs. Ensemble ils rédigèrent un mémorandum destiné au pape Pie XI . Ce texte comportait six chapitres:  

a) L'Eglise : les paroisses sont grevée d'impôts et forcées à des réparations. Dans l'impossibilité de trouver les sommes nécessaires, les églises sont fermée.

b) L'école : dans les écoles est organisée la propagande antireligieuse; l'athéisme est enseigné ; le nom même de Dieu est proscrit.

c) Le clergé : les prêtres sont restés héroïquement à leur poste auprès de leur troupeau. "Nous avons rapporté des faits montrant que, malgré la répression du pouvoir, la terreur et les exécutions, en dépit de la persécution contre la foi, les pères ne se sont pas enfuis et son resté à leur poste. Des prêtres ont reçu la mort de la part des bolcheviks , la prière sur les lèvres, subissant tortures et fusillades".

d) Le peuple demeure fidèle à sa foi : "Les révoltes sporadiques ont montré que l'esprit du catholicisme vit dans la conscience du peuple, même si en conséquence un grand nombre de catholiques allemands furent condamnés à mort, qu'ils reçurent avec fermeté et une foi inflexible.

Ce mémorandum fut transmis à Pie XI par un professeur du Germanicum de Rome. Après étude, le pape accorda une courte audience (17 minutes) aux auteurs : "Restez fidèles, leur dit Pie XI et Dieu vous aidera". Plus concret fut l'entretien avec le cardinal secrétaire d'Etat Gasparri qui leur demanda d'établir un devis des besoins financiers, en plus des 4.500 dollars versé à la communauté allemande de la Volga par la commission d'aide contre la famine. Cette nouvelle somme devait être collectée par l'association Fürsorge. Kappès fut désigné comme représentant de l'organisme qui avait établi  un devis de 720.000 dollars ! Il voulut retourner au Vatican quand le gouvernement italien interdit toute entrée à des citoyens de l'URSS. Grâce au nonce Pacelli, le visa fut néanmoins accordé. Le Vatican attribua 9.000 dollars à l'assistance. Kappès les plaça  dans une banque à son nom, alors que le nonce Pacelli  aurait voulu les faire remettre à Mgr Kessler. Au Vatican, Kappès avait reçu du cardinal Gasparri un visa diplomatique pour les Etats-Unis d'Amérique. Il y visita une vingtaines de colonies allemande et recueillit 8.200 dollars. De retour en Allemagne, Kappès fut en conflit ouvert avec Mgr Kessler, mais bientôt Mgr Kessler perdra sont titre d'évêque de Tiraspol ; le Vatican en cette année 1925, songeait à une réorganisation hiérarchique de l'Eglise en URSS. Augustin Baumtrog sera nommé administrateur apostolique de la Volga le 23 mai 1926. 

4. Retour en URSS et déploiement de l'activité contre-révolutionnaire.

Rentré en URSS sans doute après juin 1925, Kappès emporta sur lui  les 8.200 dollars des Etats-Unis  et reçut de l'ambassade d'Allemagne les 9.000 dollars déposés sur son nom dans une banque allemande et transmis à l'ambassade en plusieurs envois diplomatiques. Les reçus des bénéficiaires , précise Kappès dans son rapport, furent transmis à l'ambassade d'Allemagne. Baumtrog   désormais administrateur  apostolique assisté des Abbés Kappès et Weigel, réorganisa l'action pastorale " C'était là le centre de l'activité antisoviétique. Nous donnions aux curés des instructions en vue d'intensifier cette action  en utilisant la prédication. les confessions, exploitant le mécontentement des populations. Nous nous servions des éléments "Koulaks" en soulevant les paysans contre les expropriations en leur faisant espérer un retour au pouvoir de la bourgeoisie capitaliste. La conséquence fut le soulèvement dans le pays de la Volga. Dans ce mouvement, nous avons tous joué un rôle de préparation et d'organisation. La population était sur le point de menacer les kolkhozes, de s'insurger contre les représentants du pouvoir ... l'insurrection commençait. Alors nous avons compris qu'il nous fallait tous nous enfuir, sinon nous aurions à répondre de nos actes." 

Le père Kappès, au regard de la législation soviétique, avait créé un réseau d'espionnage à l'étranger (Allemagne) était entré en contact avec le pape de Rome "le plus redoutable ennemi  de l'Union soviétique". Il avait eu des contacts en URSS avec les services consulaires de l'ambassade d'Allemagne à Moscou. Pourchassé, il se cacha pendant près de sept mois du 21 décembre 1929 au 12 juillet 1930, se procura des faux papiers pour s'enfuir en Perse par la Turquie jusqu'au jour où il fut arrêté, le 12 juillet 1930 à la gare de Merefa, à 25 km de Kharkov. Ce récit est suivi de l'aveu de culpabilité et des regrets de son auteur.

Le NKVD avait dès lors en main les tenants et les aboutissants d'un procès organisé sur une grande échelle. Mme Ossipova a pu consulter les procès-verbaux  qui occupent onze volumes de plusieurs centaines de pages.. "Au regard de la loi soviétique m'a-t-elle dit, la cause était entendue : espionnage, organisation contre-révolutionnaire , conspiration  avec une puissance étrangère. Au regard de la simple humanité, secours à personne en détresse, aux yeux de la foi, les actes  nous montrent des prêtres fidèles  à leur ministère en dépit de la persécution, et des paroissiens non moins attachés à leurs prêtres. "

Augustin Baumtrog avait été arrêté  le 13 août 1930 à Saratov. et amené à la prison de Boutyrki.  On lui donna un compagnon de cellule, agent de l'Oguépéou, qui réussit à lui faire avouer ses contacts avec l'ambassade d'Allemagne et sa liaison avec le père Serge Soloviev auquel il avait fourni de l'argent  et qui était venu d'ailleurs à Saratov visiter le petit groupe des catholiques orientaux.

Notons ici un fait curieux qui montre bien les méthodes du Guépéou : l'administration apostolique était devenue vacante après l'arrestation de Mgr Baumtrog, les organes ont cherché à y faire nommer (par qui?) un homme de leur bord. Aucun des deux candidats présentés (par qui?) n'était  leur homme et  demandèrent un nouveau nom qui puisse faire l'affaire.  - être l'objekt - comme dit l'instruction.

Le verdict fut prononcé le 10 mai 1931 - la conclusion du tribunal  remontait au 20 avril 1931- contre trente prêtres, condamnés à la peine de mort, commuée en dix ans de camp de concentration; et le 11 mai , contre seize autres, condamnés à dix ou cinq ans d'ITL. Les premiers seront tous fusillés en novembre -décembre 1937 à l'exception de Baumtrog, mort à Solovki en mars 1937.

Neveu, en la circonstance véritable agent d'information envoyait les listes, établies avec le concours de la Croix-Rouge internationale, aux ambassades concernées. Le 21 mais 1931, il envoie à Rome, la liste de 33 prêtres catholiques des paroisses allemandes de la Volga et de la mer Noire, condamnés le 20 avril 1931 la plupart à dix ans d'ITL et envoyés à Solovki. Nous aurions voulu publier ces listes et dire à Mme Ossipova "J'aurais voulu tous les nommer", titre de son premier livre sur les camps , mais notre dessein n'est pas de faire à proprement parler un martyrologue. Par le même courrier, Neveu envoie la liste Neveu envoie la liste de trente prêtres latins polonais détenus à l'isolateur politique de Iaroslav. Fin janvier 1932, il envoie une liste de seize prêtres catholique de l'ancien diocèse de Tiraspol, dans les anciens gouvernements de Saratov, Samara et Astrakhan et précise l'état du clergé en ces régions en mars 1932.

"Quatre prêtres exercent seuls, un ministère actif. Ce sont :

1. L'abbé Jean Hermann, né en 1884, réside le plus souvent à Saratov, rue Tsyganskaïa n° 116; Log.2 

 Ce prêtre dessert seul 18 églises!

2. L'abbé Emmanuel Bader, âgé de 41 ans, ordonné en 1914, réside à Louis.

3. L'abbé Raphaël Dietrich, né en 1894 réside à Krasnopolié; 

4. L'abbé Michel Brunhart, né en 1875, réside à Kamenka. Ajoutez deux prêtres très âgés

5. L'abbé Jean Schneider, né en 1855, et résidant près de Kamenka; et

6. L'abbé Pierre Bach, né en 1854, résidant à Obermonjour près de Ekaterinenenstadt  , ancien gouvernent de Samara. Enfin à Astrakhan, exerce le ministère.

7. L'abbé Adam Desch, né en 1881, remis en liberté". (6)

(6) Note de l'auteur; Des sept noms cités, seuls ce dernier figure dans la liste de Mme Ossipova, Né en 1881, prêtre en 1904, curé à Astrakhan : arrêté en 1932 mort le 7 octobre 1937, d'un cancer de l'estomac. 

   Les abbés Brunhart et Schneider se trouvent seuls sur la rive droite de la Volga et les autres sur la rive gauche. "En 1915, sur le territoire des trois gouvernements en question, on comptait 36 paroisses et 44 prêtres".

Le 19 juin 1933, Neveu envoie l'état du clergé de Jitomir, dirigé alors par Mgr Stanislas Jacheniewicz (7)

(7) Note de l'auteur Né en 1888 à Kremetez, gouvernement de Volhynie, docteur en théologie, ordonné prêtre en 1914, il fut nommé administrateur apostolique de Jitomir après le départ de Mgr Nasrenski, échangé pour la Pologne le 15 septembre 1932. Arrêté le 29 juillet 1935 pour l'affaire "organisation contre révolutionnaire fasciste" du clergé latin et uniate d'Ukraine occidentale , il refusa de se reconnaître coupable et fut condamné à cinq ans d'ITL au d'Extrême-Orient septentrional (Kolyma) et fusillé sur ordre du NKVD de Dalstroï le27 novembre 1937.

La liste des prêtres de Russie Blanche, dirigée alors par Mgr Pierre Avglo (fusillé le 27 août 1937 dans la prison de Minsk . Enfin, une liste beaucoup moins sûre des prêtres de l'ancien diocèse de Kamenetsk, quinze noms.

Article suivant "La croix des croix de Mgr Neveu.                                            


16/10/2015
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